L’échelle sans barreaux

Nous sommes devenus des sauvages et des mal élevés qui se dopent au « qarqoubi », se promènent avec des sabres, et ne respectent aucun droit. Les familles ont failli, l’école a failli, nous avons failli, les valeurs se perdent.

Beaucoup se sont posés la question sur le sens que voulait donner le chef de l’Exécutif, lors de sa déclaration devant le Parlement, au «renforcement de l’identité nationale». Au Maroc, nous n’avons pas de problème à ce point prégnant à ce propos. La question de l’identité nationale, celle de se sentir plus ou moins marocain ne se pose presque pas, sauf dans les provinces du Sud où certains profitent à la fois du système de subventions et d’aide sociale mais en même temps torpillent le pays avec des actes ou intentions séparatistes.

En revanche, s’il y a bien une question que le programme devrait inscrire dans son agenda, c’est celle du civisme, de la perte des valeurs de citoyenneté. Il y a quelques semaines, des rixes entre supporteurs de deux clubs, lors d’un banal match de basket-ball, ont donné lieu à de violents affrontements où l’on a vu des adolescents mineurs brandir des sabres. Aujourd’hui, au Maroc, il n’est pas rare qu’une simple altercation verbale débouche sur un crime où l’on voit apparaître toutes sortes d’armes blanches que des citoyens, a priori non versés dans l’acte criminel, portent sur eux. Sabres, couteaux, rasoirs, barres de fer, chaînes, il y en a pour toutes les douleurs, pour tous les types de handicap, pour toutes les vies susceptibles d’être détruites, volées pour un mot ou un regard de travers. Nous sommes dans une situation où même quand on est dans son bon droit on n’ose pas protester parce que la violence est devenue quotidienne.

Tolérants les Marocains ? Au delà du cliché servi à toutes les sauces dans le discours public, propagandiste, aussi bien pour des besoins de consommation intérieure qu’étrangère, nous sommes devenus des sauvages et des mal élevés. L’état d’esprit ambiant est celui du «moi d’abord, ensuite les autres, si je veux». Nous avons failli. Les familles ont failli à inculquer les bonnes valeurs à leurs enfants, l’école n’a pas pris le relais. A cela s’ajoute un phénomène inquiétant : l’usage des psychotropes, en forte hausse chez les jeunes et qui obère tout discernement entre le bien et le mal.

Il y a, pour le gouvernement, énormément de travail à faire dans ce sens. Il s’agit de réhabiliter le civisme à travers l’école et la sensibilisation, dans une optique de long terme qui dépasse le cap d’une génération. Il s’agit également et de manière urgente d’intensifier le contrôle sur le port d’armes blanches et leur filière de fabrication, de durcir aussi l’arsenal répressif.  Il y a également urgence à combattre ces tonnes de qarqoubi qui entrent dans le pays sans que l’on y trouve à redire.
Notre échelle des valeurs est en train de perdre ses barreaux et l’on ne fait que se désoler sans agir….