Le puzzle TPME

Il aura donc fallu un sérieux coup de semonce royal pour que la machine se mette en marche. Les différentes parties prenantes dans l’épineuse problématique du financement des entreprises, et plus spécialement les plus petites et moyennes, ont fini par s’asseoir autour de la table pour réfléchir ensemble et mettre sur pied un dispositif d’urgence.

Le dispositif réglera évidemment une bonne partie du problème, à savoir l’accès au financement qui est connu pour être un des freins majeurs au développement de l’entrepreneuriat. Mais il serait illusoire de croire qu’ouvrir les robinets des banques suffira à muscler notre tissu de PME. Le financement leur facilitera, certes, la réalisation de projets et leur donnera plus de confiance et de confort pour pouvoir attaquer leur business. Mais le financement, à lui seul, ne fera pas la performance. Il en est une condition nécessaire mais pas suffisante.

Car la performance économique est la résultante d’un tout, englobant les aspects financiers mais bien d’autres aussi. Si la TPME n’a pas les compétences qualifiées pour produire un bien ou service de qualité compétitif, si elle n’a pas d’appuis publics ou privés pour étendre ses débouchés et ses marchés, si elle n’a pas d’environnement institutionnel propice qui l’encourage à innover et à créer, si elle n’a pas en amont des instituts et des établissements de formation capables de lui fournir les profils dont elle a besoin, si les politiques publiques ne prévoient pas de dispositifs volontaristes pour lui donner sa place dans la commande publique ou pour la rendre plus compétitive à l’export et face à la compétition mondiale, alors lui accorder des crédits reviendrait seulement à l’endetter, ce qui, sur le long terme, peut mener à sa perte. Le financement est crucial mais il n’est pas le seul garant de la pérennité.

Et c’est probablement avec cet esprit et pour toutes ces raisons que, comme son nom l’indique, le nouveau dispositif est un programme dit intégré et d’appui avant le financement. L’appui s’entend dans le sens large et pas seulement au sens financier du terme. Quant au qualificatif «intégré», il est permis de croire, en tout cas d’espérer, que ce qui vient d’être dévoilé n’est en fait que la première pièce d’un dispositif plus large qui pourrait être étendu à d’autres aspects, notamment fiscaux, commerciaux, légaux, administratifs, procéduraux en impliquant, en plus de la communauté financière, tous les acteurs concernés de près ou de loin. L’Etat, à travers l’administration, les institutions dédiées ou les établissements publics, n’est pas le seul concerné. Le secteur privé l’est autant, sinon plus. Les grandes entreprises privées sont le premier appui à la TPME. Et une confédération comme la CGEM, représentant par excellence le secteur privé, est la mieux placée pour instaurer une ambiance d’entraide et de solidarité entre les entreprises marocaines qui servira, in fine, l’ensemble de la communauté et l’intérêt général du pays.