Le provisoire qui dure

Tant que les tarifs de remboursement seront provisoires, l’AMO restera
un système bancal et les assureurs privés ne pourront proposer les nécessaires couvertures complémentaires.

Dans quelques jours, promet-on, le décret fixant la tarification nationale servant de base aux remboursements des prestations médicales dans le cadre de l’AMO, sera publié. Une telle annonce a déjà été faite, il y a de cela deux mois, et l’on n’a rien vu venir. On a préféré rediscuter avec les cliniques et le corps médical afin que les uns et les autres soient satisfaits, mais, depuis, le blocage a persisté.

A l’heure actuelle, le système de l’AMO tourne avec des tarifs provisoires. Ce sont ceux qui ont été proposés par la CNSS et la CNOPS, gestionnaires du système, l’un pour les salariés du privé, l’autre pour ceux du public. On peut arguer, certes, que le sytème fonctionne, que des dossiers sont déposés, que des remboursements sont effectués et que l’AMO est une réalité. On peut faire dire aux chiffres ce que l’on veut.

Il ne faut cependant pas oublier que l’AMO ne couvre que les frais de chirurgie et d’hospitalisation ou les maladies longues et coûteuses et qu’elle exclut tous les autres cas. Il ne faut pas non plus oublier que la prise en charge est partielle et enfin que, dans le meilleur des cas, le patient sera amené à payer de sa poche 40% de la facture . De fait, une bonne partie des salariés du privé continuent à soigner leurs grippes, leurs maux de dents, et à acheter leurs lunettes en payant 100%.

Pour des raisons financières, l’Etat, certes, n’avait pas le choix, c’était la formule minimale ou rien du tout. La plus belle mariée du monde ne peut donner que ce qu’elle a. En l’occurence, la plus belle mariée du monde traîne des pieds quand il s’agit de prendre une décision : trancher sur ses tarifs AMO qui ne sont toujours pas fixés plus de trois mois après l’entrée en vigueur du système.
Tant que ces tarifs restent provisoires, l’AMO demeurera un système bancal : dans le schéma initial, il était prévu que les compagnies d’assurance mettent en place des produits de couverture complémentaires pour permettre de pallier les insuffisances de l’AMO. Tout le monde y trouverait son compte : le salarié, qui, pour un surplus modique, disposerait enfin d’une vraie assurance maladie, les assureurs qui, en élargissant leur base d’affiliés, proposeraient des produits diversifiés et moins chers, et l’Etat qui se verrait ainsi soulagé de ne pas avoir à assurer le coût de tout le système. Mais où sont donc les tarifs définitifs ? Pourquoi ce provisoire qui dure ?