Le printemps des peuples

Le 17 décembre 2010, Fayda Hamdi s’en prenait à  Mohamed Bouazizi et déclenchait un bouleversement mondial…

Qui d’entre nous connaît Fayda Hamdi ? Sans doute très peu. Pourtant, le 17 décembre 2010, cet agent municipal, en voulant interdire à Mohamed Bouazizi, vendeur ambulant, de s’installer sur un emplacement non autorisé, a été à l’origine d’un bouleversement mondial. Ce 17 décembre, donc, Mohamed Bouazizi, rongé par la hogra, s’immole par le feu devant le gouvernorat de la ville de Sidi Bouzid. Quelques jours plus tard, c’est toute la Tunisie qui s’embrase. Le 14 janvier 2011, Zine El-Abidine Ben Ali abandonne la partie. 15 jours après, Hosni Moubarak quitte le pouvoir. 27 janvier, le Yémen d’Ali Abdellah Saleh entre en ébullition et le 23 novembre, ce dernier acceptera de se retirer. Le 15 février, c’est au tour de la Libye de connaître une guerre civile qui se soldera, le 20 octobre, par la mort de Mouamar Ka-dhafi. Enfin, depuis le 15 mars dernier, la Syrie est entrée dans une spirale de violence. Bachar El Assad… Lui aussi à conjuguer au passé ?

L’année 2011 a sans conteste été celle du printemps arabe, même si ce vocable est impropre : il n’y a pas eu «un» mais «des» printemps arabes, chaque pays ayant ses spécificités, son point de rupture. Point commun, toutefois, entre ces peuples qui ont chassé leur dirigeants : un système fermé, une diversité politique factice et des libertés étouffées sur l’autel de la stabilité et du bien-être. Le monde arabe tourne enfin la page de l’ère post-coloniale, où les peuples se sont réunis sous la bannière de régimes autocratiques pour lutter contre l’occupant. En ce sens, le Maroc a bien négocié son virage : aux libertés déjà existantes et à la diversité politique réelle se sont ajoutés une accentuation des pouvoirs de l’élu des urnes et un renforcement des droits de l’homme.   

Il convient cependant d’aller plus loin dans l’analyse. Dans ce printemps arabe, la contestation a d’abord été économique et sociale, exacerbée par la crise mondiale, avant de devenir politique. Et le monde arabe ne fera pas exception. On a vu la colère d’un peuple berné en Grèce, on a vu les «indignés» en Espagne, les occupants de Wall Street aux USA, les anti-Poutine en Russie et il y aura sans doute plus. Les rues veulent désormais des élections propres, les rues veulent de la dignité, du respect, de l’écoute, des richesses mieux distribuées, une gouvernance meilleure. L’année 2011 n’a pas été seulement celle du printemps arabe, mais plus globalement celle du printemps des peuples.
Et si, ce 17 décembre 2010, Fayda Hamdi avait fermé les yeux ? Quelqu’un d’autre aurait sans doute allumé l’inéluctable étincelle. Les peuples veulent vivre autrement.