Le pouvoir, la volonté… et la loi

Casablanca en tant que ville n’existe pas, elle n’a pas d’identité, ni de vision, ni de normes, ni d’approche de proximité avec ses citoyens. Elle n’est que ces 3.5 millions d’habitants vivant dans le chaos.

En longeant à pied la corniche de Casablanca, on ne peut qu’être effaré par l’état de délabrement et de tristesse qui entoure ce lieu, censé être le point nodal de l’activité touristique et de loisirs de la plus grande ville du Maroc. Des terrains non bâtis, d’anciens hauts lieux de la vie nocturne fermés, leurs bâtiments décharnés… la côte casablancaise se limite à deux Mac Do, trois ou quatre clubs et des cafés et lounge. Pas d’harmonie, pas de vision d’ensemble, un énorme potentiel inexploité.

A l’image d’ailleurs du reste. Casablanca et ses 3,5 millions d’habitants et ses 850 000 touristes annuels ; Casablanca et ses immeubles aux façades qui n’ont pas vu la couleur de la peinture depuis des années; Casablanca et ses trottoirs de hauteurs inégales aux carreaux effrités, ses nids de poule et ses fameux ralentisseurs et dos d’âne illégaux ; Casablanca et -tenez-vous bien- ses 3 milliards de DH d’excédents budgétaires cumulés, non utilisés…

Est-il logique que la vitrine du Maroc économique soit comme cela ? Bien entendu non. La plus grande ville du Maroc cristallise en fait des travers sur lesquels il convient de se pencher. Le premier est celui du système électif. Avec une commune à la décision partagée entre partis rivaux et une majorité qui se retrouve du jour au lendemain en posture de minorité, le risque de blocage est quasi permanent. Pour Casablanca, il dure depuis des mois, sans que cela n’émeuve personne…

Cette distorsion légale n’exonère cependant pas les gestionnaires de la ville de leur responsabilité. Un exemple ? La loi impose la réfection des peintures d’immeubles au bout d’une période donnée. Cette mesure est-elle appliquée et contrôlée ? La réponse est non. La ville, qui a décidé de mettre des ralentisseurs un peu partout pour entraver davantage la circulation, ne se préoccupe pas de soigner ses infrastructures ni ses routes, sauf dans quelques quartiers huppés parce que ça fait chic, parce que des personnes aisées y habitent et travaillent. La ville n’a pas mis en place des normes, des règles qui sont pourtant de son ressort. La ville n’a pas de vision de son développement économique et social, elle ne communique pas avec ses citoyens, elle n’a pas d’identité, elle gère le quotidien et son argent dort. Tout comme dorment ces terrains, livrés à des spéculateurs ou bloqués par des problèmes d’héritage que l’on ne pense même pas à exproprier. La ville n’existe pas, elle n’est que 3,5 millions d’habitants qui travaillent et regardent avec envie ce que Rabat, Marrakech ou Fès ont fait.