Le plus grand syndicat du pays !

Ce que la science politique appelle la démocratie indirecte a besoin, pour fonctionner, d’institutions représentatives, et les syndicats, qu’on le veuille ou non, en font partie.

Les SAS : c’est le nom du plus grand, du plus fort syndicat de ce pays ! Mais un syndicat qui roule pour lui-même, qui ne prêche aucune idéologie, qui n’appartient à aucune chapelle. Mais est-ce si sûr ? Le fait de n’être enrôlé dans aucun syndicat, n’est-ce pas, en soi, une «idéologie», en tout cas une prise de position, une posture ?
Le phénomène des SAS (sans appartenance syndicale) n’est certes pas nouveau. Il est l’équivalent, sur la scène syndicale, de ce qui a cours dans le monde politique : les SEP (sans étiquette politique). Sauf que cela commence à inquiéter. Lors des élections professionnelles de 2003, les SAS avaient obtenu 51 % (déjà !) des sièges dans le secteur privé. Aujourd’hui, ils s’en adjugent les deux tiers. Enorme ! A ce rythme, et si rien ne vient renverser la tendance, les syndicats, dans le privé du moins, finiront par ne représenter qu’eux-mêmes et il n’est pas sûr que ce soit le meilleur moyen d’apaiser les relations sociales, de moderniser la vie professionnelle. L’intermédiation, malgré tous les défauts qu’elle peut comporter, est encore l’instrument le moins mauvais que l’on ait inventé pour régler les conflits, rapprocher les décideurs du peuple «d’en bas», jouer le rôle de courroie de transmission. Ce que la science politique appelle la démocratie indirecte a besoin, pour fonctionner, d’institutions représentatives, et les syndicats, qu’on le veuille ou non, en font partie. Aucun gouvernement n’a intérêt à affronter la rue.
Mais que peut faire le gouvernement pour avoir, comme interlocuteur, des syndicats bien implantés, crédibles, capables de relayer les aspirations de ceux qu’ils représentent et, au besoin, canaliser les tensions qui, parfois, naissent ici ou là ? La réponse, pour les syndicats, coule de source : rendre effective la liberté syndicale, en appliquant correctement et intégralement le code du travail, en particulier. Ce n’est pas un hasard si la désaffection des syndicats et, a contrario, la percée des SAS, s’observent singulièrement dans le secteur privé. Cinq ans après sa promulgation, la législation du travail-qui d’ailleurs donne pas mal d’avantages aux délégués syndicaux- a du mal à s’appliquer. Dans le secteur public, régi par le statut général de la fonction publique pour l’administration et les statuts particuliers pour les établissements, les SAS sont plutôt minoritaires. Il n’y a pas ici d’enjeux importants. Pour autant, les syndicats ne sont pas blancs comme neige, ils devraient faire un effort sur eux-mêmes pour retrouver la place qu’ils méritent.