Le noir, le blanc… et l’Algérie

Depuis le 20 février, le Maroc est entré dans un schéma où il fallait à  tout prix avoir une classification : pour ou contre le makhzen, pour ou contre le changement, pour ou contre le système.

Samedi 4 juin, parking du Grand stade de Marrakech, 23 h 15. C’est la liesse, la communion. Les Marocains n’étaient pas descendus dans la rue pour crier leur joie depuis un certain Maroc-Mali…, en janvier 2004, soit sept ans et quelques mois. Le football, l’opium du peuple, la victoire que chacun s’approprie, nous en avions bien besoin et l’Etat officiel encore plus car l’on appréhendait ce qu’aurait engendré ce soir-là comme frustration, pour une population désorientée, une défaite.

Ce soir-là aussi, il y avait certainement parmi les Marocains qui vociféraient leur joie des jeunes du mouvement du 20 Février. Le conducteur d’une voiture qui avait poussé au max le son de sa stéréo diffusant l’hymne national était peut-être un sympathisant salafiste. Et le policier qui étreignait ces adolescents devait peut-être les affronter le lendemain, matraque à la main. Et pourtant, tout ce beau monde ne fit qu’un…

Un jour avant, il en faisait deux. Depuis les manifestations du 20 février, le Maroc est entré graduellement dans un schéma où il fallait à tout prix avoir une classification : pour ou contre le makhzen, pour ou contre le changement, pour ou contre le système. Nous avons oublié que le chantier que tout le pays menait pour ce changement était un débat d’idées et nous l’avons remplacé par des positions haineuses. Ainsi, il suffisait qu’une voix dise qu’il fallait qu’il y ait bien des dysfonctionnements de gouvernance pour qu’elle soit étiquetée comme anti-Etat. Le même discours, tenu il y a un an, aurait paru comme faisant partie de la liberté d’expression. De la même manière, le simple fait de dire que le mouvement du 20 Février avait parfois des positions radicales ou inexpliquées vous marquait d’un fer rouge : pro-makhzen.

Depuis le 20 février, nous nous sommes vus en blanc ou noir et jamais en gris, alors que nous sommes des millions à penser en gris, à être à la fois pour certaines idées et contre d’autres. Un exemple parmi d’autres ? Beaucoup de ces gris estiment que le Premier ministre devrait avoir de réels pouvoirs et qu’il doit être issu des urnes mais en même temps ils appréhendent le fait de confier tout le trousseau des clés de la gestion du pays à des hommes politiques.

Au final, et après 4 mois d’une effervescence peut-être nécessaire, peut-être salutaire, après cette catharsis qui aura permis de se faire entendre, il serait temps de revenir à des sentiments moins tranchés de part et d’autre sans sacrifier au débat. Nous avons tout simplement oublié que nous étions tous Marocains, voulant au fond la même chose : un pays meilleur.