Le mental avant le financier

Le «made in Morocco» peut faire gagner à l’économie plus de 80 milliards de DH par an. C’est en tout cas l’estimation faite par le ministère de l’industrie du volume que représentent les produits importés et qui peuvent être fabriqués localement.

Promouvoir la production locale ne se décrétera pas. Elle devra se construire sur la durée, de manière cohérente et surtout avec une vision globale. Car l’équation dépasse de loin le simple fait de mettre en valeur le produit fabriqué localement sur le marché national. Il ne s’agit là que d’une des facettes de la problématique.
Certes, la substitution des produits finis d’importation par une offre locale est primordiale à tous les niveaux. Promouvoir la production locale, ce sont des sorties de devises en moins mais c’est aussi un plus considérable en termes d’investissements, d’emplois, de recettes fiscales pour l’Etat. Le bénéfice collectif est évident pour toute l’économie.
Mais ce n’est pas tout. Le «made in Morocco» ne concerne pas seulement les produits finis pour la grande consommation mais aussi et surtout les produits dits intermédiaires et les intrants utilisés dans les industries manufacturières. La preuve par les chiffres : Sur chaque dirham exporté, entre 30 et 40% sont, en fait, de la valeur ajoutée qui profite à l’étranger à travers des composants et matières importés à quelques rares exceptions près comme les produits agricoles, agroalimentaires ou miniers.
Pour être reconnu comme un label puissant, ici comme ailleurs, le «made in Morocco» a besoin d’être adossé à de la valeur ajoutée consistante qui ne peut être réalisée qu’à travers de la recherche et développement, de la technologie, de la science et de l’innovation. Si, aujourd’hui, des industriels marocains dans les secteurs de l’automobile, de l’aéronautique ou de l’électronique sont labellisés à l’international c’est parce qu’ils sont inclus dans des chaînes de valeurs mondiales dont ils sont obligés de respecter rigoureusement les standards de qualité et les process au risque d’être éjectés. Aucune stratégie marketing et de communication, aussi massive et aussi intensive soit-elle, ne peut à elle seule convaincre le consommateur marocain d’acheter le produit local juste par esprit de solidarité et de nationalisme économique. Des produits de qualité, durables, répondant aux désirs du consommateur, adaptés à ses besoins du moment et respectant la contrainte économique majeure qu’est le prix ne peuvent que s’imposer naturellement.
Une politique publique volontariste ne peut promouvoir de manière pérenne et crédible la production locale que si cette dernière est compétitive. Et au-delà de l’équation financière notamment en termes de coûts des facteurs, la compétitivité du «made in Morocco» est d’abord et avant tout un état d’esprit.