Le grégaire et le collectif

Citoyenneté. Voilà  un terme galvaudé depuis des années au Maroc et utilisé à  toutes les sauces : entreprise citoyenne, contribuable citoyen, université citoyenne…

Ce terme renvoie en principe aux obligations d’un membre d’une communauté au regard des principes de base de la vie en collectivité. Or il se trouve qu’aujourd’hui, ambiance et conjoncture aidant, on parle plus de droits que de devoirs.
Dans une ville comme Casablanca, par exemple, tout le monde se plaint, personne n’est content de la gestion et pourtant tous les Casablancais sont loin de remplir eux-mêmes leurs devoirs de citoyens envers la collectivité, à commencer par la première obligation qui est de payer ses impôts et taxes. En somme, on demande à la ville d’investir, d’équiper et on exige un meilleur cadre de vie mais de l’autre côté on refuse de payer la contribution. La preuve, la métropole qui a un potentiel fiscal de près de 9 milliards de DH arrive à peine à encaisser la moitié. Certes, l’administration y est probablement pour quelque chose mais on ne peut pas tout lui mettre sur le dos.

La copropriété est aussi un des domaines où l’on retrouve le mieux la perception et la conception qu’ont les Marocains de la vie en collectivité. Il suffit de faire un tour dans les tribunaux pour se rendre compte du fléau de non-paiement des frais de syndic de copropriété, y compris dans les résidences les plus huppées.

La notion du collectif n’est pas seulement le propre de la vie quotidienne et en société. Il constitue aussi un des ingrédients de la réussite de certains modèles et concepts qui ont démontré leur pertinence dans le domaine économique comme les groupements d’intérêts économiques (GIE), les consortiums, les systèmes d’agrégation, les coopératives et même dans le nouveau concept des écosystèmes autour duquel le Maroc est en train de reconstruire son industrie.
Si les chefs d’entreprises, qui sont d’ailleurs des citoyens, abordent la question avec la même perception de l’action collective, il est normal qu’ils ne saisissent pas l’importance, voire la nécessité, d’opérer en groupe comme le font les entreprises chinoises, turques, françaises…
Or à l’heure où le Maroc commence à asseoir son statut de hub dans la région et de pionnier en Afrique, entre autres, et où la conquête de nouveaux marchés devient une urgence pour notre tissu d’entreprises, il est primordial que les opérateurs marocains apprennent à adopter la démarche groupée en faisant jouer les effets de synergies.

Avec l’instinct grégaire, généralement inné, les membres d’une communauté cohabitent sans plus. Avec de l’esprit collectif, qui lui s’apprend, ils peuvent créer des richesses et de la valeur…