Le flottement

Grèves, manifestations… ce que l’on demande à  l’Etat, c’est à  la fois de la fermeté et le respect des droits. Or, jusqu’à  présent, il alterne les deux, ajoutant à  la confusion.

Poste, conservation foncière, justice, enseignement, collectivités locales et médecine. Quel est le point commun à tous ces domaines ? Le fait de relever du service public. L’autre point commun, bien malheureux, est que depuis quelques jours tous ces services se sont mis en grève pour des durées variables, qui pour protester contre des conditions salariales, qui contre une injustice. Le résultat en est que le Maroc administratif utile, celui auquel les citoyens ont recours dans leur vie quotidienne, est pratiquement à l’arrêt. On voit même des grèves régionales apparaître ! Un seul syndicat peut décider de mettre une ville à genoux. La grève est devenue à la mode.

Mais on ne voit pas que des grévistes dans la rue. On voit également des manifestants. Beaucoup de manifestants et surtout de différents horizons. Que veulent-ils ? Si le mot d’ordre générique, galvaudé, est la lutte contre la corruption et l’injustice -ce que veulent d’ailleurs tous les Marocains sans exception-, la redondance de ces manifestations, l’absence de lieu fixe de rassemblement amènent à deux conclusions. Primo, on est loin, très loin de la fraîcheur des mouvements spontanés et empreints de civisme que l’on a vu apparaître le 20 février tout comme on est loin des simples aspirations de la jeunesse. Il y a une volonté manifeste de confrontation avec l’Etat au-delà même des revendications. Secundo, personne ne peut aujourd’hui dire avec précision ce que demandent les manifestants. Il n’y a pas de cahier revendicatif clair. On ne sait plus pourquoi on manifeste. 

Qu’est-ce que tout cela génère ? Du chaos, préjudiciable à tous parce qu’une grande majorité des citoyens souffre et parce que l’économie se met lentement et insidieusement en veilleuse.

Et là, plus que jamais, l’Etat doit assumer ses responsabilités en la matière. Or, la posture observée jusqu’à présent est maladroite. Dans le cas des grévistes de la fonction publique, l’Etat à l’obligation d’assurer la continuité du service. Si la grève est un droit, le service public n’en est pas moins un. Dans le cas des manifestants, plutôt que de bastonner à posteriori -ce qui est, dans tous les cas, condamnable-, l’Etat doit clairement, publiquement et bien à l’avance interdire, de manière légale, les sit-in sauvages et fixer un lieu bien précis de rassemblement, loin des habitations et des commerces, car la manifestation reste un droit. En somme, ce que l’on demande à l’Etat, c’est à la fois de la fermeté et le respect des droits. Or, jusqu’à présent, il alterne les deux, ajoutant à la confusion.