Le boulet de l’administration

«On n’atteindra jamais les taux de croissance de 6,5 et 7% tant que notre administration fonctionne comme elle le fait aujourd’hui».

«On n’atteindra jamais les taux de croissance de 6,5 et 7% tant que notre administration fonctionne comme elle le fait aujourd’hui». Une fois n’est pas coutume, de tels propos, souvent tenus par des politiques généralement de l’opposition, par des analystes ou par des investisseurs, sont du patron d’une grande entreprise publique, donc lui-même faisant partie de cette administration dénoncée.

Notre homme est à la tête d’une entité qui opère dans un secteur vital pour l’économie du Maroc. L’entreprise compte quelque 400 collaborateurs au moment où, en aparté, son patron nous confie qu’il peut être plus performant avec 100 salariés tout au plus. Mais il n’a pas le choix que de faire avec ce boulet qu’il a hérité et dont il ne peut se défaire sans s’attirer les foudres des syndicats.

Voilà une entreprise publique qui doit agir et prendre des décisions rapidement sur un marché de plus en plus exigeant, mais qui se retrouve avec un personnel «fonctionnarisé», préoccupé essentiellement par les avancements d’échelles, les heures supplémentaires et les points de retraites.  
Du côté de la tutelle, il n’est pas mieux servi avec un Conseil d’administration où siège une vingtaine de ministères dont certains n’ont presque aucun lien avec l’activité et un contrôle financier a priori des plus tatillons. Pour prendre part, par exemple, à un événement mondial auquel la présence du Maroc est primordiale, le contrôleur des dépenses, comme il est écrit dans ses manuels, a exigé que soit suivie la procédure des devis contradictoires. Comprenne qui pourra !

Des cas comme celui-là, il y en a encore beaucoup au Maroc. Des entreprises publiques à qui on demande d’être des locomotives de l’économie, à qui on exige des performances dignes du privé mais qu’on alourdit de l’autre côté avec des effectifs en surnombre, des profils non qualifiés, des procédures administratives kafkaïennes… Or, il y a aujourd’hui de bons exemples de structures publiques qui ont fait preuve de savoir-faire et d’efficacité quand, à leur puissance de frappe, on a rajouté de la souplesse et l’agilité du privé.
Le Salon de l’agriculture de Meknès, qui s’ouvre cette semaine et qui est devenu aujourd’hui un rendez-vous d’envergure mondiale incontournable, est bien porté et entièrement par des entités publiques. Les structures concernées, à commencer par le ministère de l’agriculture ou le Crédit Agricole du Maroc, ont très vite compris les enjeux du bon pilotage et d’un mode de gouvernance adapté. Dans le prolongement, si le Plan Maroc Vert a réussi en l’espace de quelques années à métamorphoser le secteur agricole, c’est entre autres parce que beaucoup de lourdeurs de l’administration ont été laissées de côté pour se concentrer sur les objectifs du plan.
Aujourd’hui, si le Maroc veut réellement passer à la classe supérieure en matière de croissance, il doit sérieusement s’attaquer à la réforme de son administration en gardant à l’esprit qu’assouplir les procédures n’est pas forcément synonyme de laisser-aller ou de non-contrôle.