Le barème à  combattre

Plus que la transparence dans le processus et la prévention des risques d’abus, c’est le changement de mentalités quant à  la corruption qui fera réellement le succès du nouveau Code de la route.

On y est. Ce vendredi 1er octobre, le fameux Code de la route qui a soulevé tant de débats et de protestation -et qui en soulèvera encore- entre en vigueur, près de quatre ans après avoir été déposé au Parlement et deux grèves qui ont paralysé le pays en 2007 et 2009.

Au final, la loi qui s’appliquera dès aujourd’hui est bien moins sévère que le texte originellement déposé chez les élus de la nation, mais il n’en constitue pas moins une grande avancée à plusieurs niveaux. Sur la forme d’abord, la démocratie aura prévalu jusqu’au bout. En Algérie, par exemple, le chef de l’Etat a promulgué le texte par ordonnance présidentielle. Au Maroc, le débat n’a pas été sacrifié, l’exécutif a joué son rôle, le Parlement a exercé ses prérogatives et l’opinion publique a exprimé ses réserves, le tout, dans un cadre institutionnel. Sur le fond ensuite, le nouveau texte précise les responsabilités de chacun, impose une plus grande transparence et un cadre très précis dans le processus de contrôle et de sanction des infractions en vue de réduire les abus, et aggrave le montant des amendes et les durées d’emprisonnement éventuelles. Il faut dire qu’avec nos 60 000 accidents, nos 4 000 morts et nos 100 000 blessés, il fallait bien considérer la voiture comme une arme en puissance et réglementer en conséquence.

Reste la question de l’application étroitement liée au phénomène de la corruption. N’en déplaise à Karim Ghellab, ministre du transport, le barème actuellement en vigueur (car il en existe bien un) changera à la hausse, parallèlement à l’élévation du montant des amendes. Pour échapper à l’amende, l’automobiliste risque fort de payer 200 DH pour une amende de 700, au lieu des 100 DH qu’il déboursait auparavant et le taximan qui bénéficie d’un tarif «groupe», lié à des considérations de niveau de vie, sera probablement amené à donner 40 DH au lieu de 20. Dans le même ordre d’idées, la conduite en état d’ivresse étant passible de prison, on imagine ce que l’automobiliste coupable est prêt à débourser pour ne pas voir son casier judiciaire taché par un accident de parcours. La corruption est une affaire de marché et quand le deal arrange tout le monde on fait avec.

Est-ce pour autant une raison de laisser tomber ? Certainement pas. Mais il faudra faire avec ce facteur. L’un des points clés de la réussite du nouveau code réside dans le changement de mentalités qu’il faudra provoquer, ce fait de considérer la sensation du devoir accompli comme bien mieux rémunératrice que l’argent. Une question de temps mais de sensibilisation sans relâche également.