L’argent et les militants

Au-delà  des qualités intrinsèques des candidats à  la présidence de la CGEM, deux défis doivent être relevés, celui de la représentativité et celui
des moyens.

Dans quelques semaines, la CGEM aura un nouveau président. Au-delà des qualités intrinsèques des candidats à l’élection en cours, les opérateurs économiques membres de la confédération et tous ceux qui, indirectement, prennent part à sa vie, estiment que le changement est nécessaire pour dépasser la crise dans laquelle le patronat se débat depuis plus de trois ans. Tous estiment que leur nouveau représentant devra fédérer, garantir l’indépendance, redonner du lustre à l’institution.

Mais une CGEM forte, ce n’est pas que cela. Que pèse-t-elle aujourd’hui dans le tissu économique national? Qui représente-t-elle avec ses 2 012 adhérents alors que le Maroc compte 750 000 entreprises dont 140 000 inscrites à la CNSS, et donc structurées ?

Si une association peut tirer son prestige de la qualité des membres de ses organes dirigeants, sa force, elle ne peut la tenir que du nombre de militants qui lui font confiance, qui sont prêts à payer pour avoir un porte-parole digne de ce nom.

Une CGEM forte, c’est également une expertise pointue à mettre au service des causes qu’elle défend, une capacité à aller au fond des problèmes pour mieux convaincre ses partenaires institutionnels. Jusqu’à présent, elle a largement recouru au bénévolat mais est-ce une solution viable ? Evidemment non. On ne peut demander une obligation de résultat à des personnes qui vous font une faveur.

Qui dit expertise dit moyens. Il est impensable de croire que la Confédération générale des entreprises du Maroc fonctionne avec un budget qui tourne autour de 20 millions de dirhams, moins que celui d’un club de foot casablancais ?

Elargir l’assiette des adhérents et mobiliser plus de ressources pour se payer les compétences qu’il faut, ce sont là deux défis que devra relever le futur président. Le premier passe par un déploiement en dehors de l’axe Casa-Rabat, donc par un rôle accru des représentations régionales. Le deuxième est certes lié au premier, mais pas seulement. Il s’agit d’abord d’instaurer plus de rigueur dans le système des cotisations. Il est à cet effet navrant de voir les membres se précipiter pour mettre à jour leurs cotisations… en vue de pouvoir voter. Au mercredi 3 mai, 9 jours avant la clôture de la période de dépôt des dossiers de candidature, seuls les détenteurs de 1 000 voix sur les 6 500 que compte la CGEM se sont acquittés de leur dû. Le nouveau président devra professionnaliser la CGEM s’il veut qu’elle soit en phase avec le Maroc de demain.