Laisser-aller général

Ce qui s’est passé dimanche dernier dans les gradins du complexe sportif Mohammed V soulève des questions dont les réponses ne requièrent pas forcément que l’on érige le hooliganisme en affaire d’Etat ou que l’on organise des débats d’experts sans fin.

La première question qui se pose: Comment, au moment où une loi interdit formellement l’entrée des mineurs non accompagnés aux stades de foot, des dizaines de milliers de ces jeunes survoltés se sont retrouvés dans les gradins ? S’ils étaient là, ils n’y ont certainement pas été parachutés mais sont bel et bien entrés au su et au vu des forces de l’ordre et des responsables de l’organisation de l’événement. Et quand bien même certains d’entre-eux auraient pu faire le mur sans se faire remarquer, ils ont bien dû passer à côté d’au moins un ou deux agents de police, un stadier,  ou un quelconque agent chargé de l’ordre qui aurait pu à ce moment-là les reconduire aux portes du stade. Imaginons que, par on ne sait quel enchantement, ces jeunes aient pu se faufiler jusqu’à prendre leur place dans les gradins. A quelques heures du match, à mesure que le stade se remplissait, les organisateurs, les responsables de la sécurité dans le stade, ceux des deux clubs ou encore ceux de la fédération, bref, il se trouvait au moins quelqu’un pour constater de visu la présence de ces mineurs en chair et en os dans les gradins. Au fur et à mesure que les gradins se remplissaient, on avait encore le temps d’agir. Mais encore faut-il que les organisateurs et autres responsables de l’ordre veuillent bien sûr appliquer et faire appliquer le règlement. Visiblement, cette volonté n’y est pas encore. D’où une deuxième question qui s’impose et qui est de savoir pourquoi rien de tout cela n’est fait et n’a été fait. Qu’est-ce qui empêche qu’on applique purement et simplement la loi interdisant l’entrée au stade aux mineurs ?

Certes, la volonté des responsables y est pour beaucoup. Mais ils ne sont pas les seuls à blâmer. Certaines franges du public aussi sont complices surtout ces adultes qui, à l’entrée, acceptent de jouer le rôle d’accompagnateur d’un mineur soit par sentiment de sympathie soit contre quelques pièces. Ceux qui sont des habitués des stades ont certainement été harcelés au moins une fois par des jeunes aux alentours du stade, leur demandant de se faire passer pour un parent, un frère ou un proche. Certes, il est mathématiquement difficile, voire impossible, d’imaginer les stadiers demander à chaque adulte accompagné d’un mineur de produire des pièces prouvant le lien de famille. Ce qui nous amène aux responsables de la gestion des clubs qui eux aussi sont concernés. Dans de grands clubs européens, les enfants comme les adultes, même s’ils ne sont pas forcément des adhérents ou des habitués, ont nécessairement des cartes délivrées facilement par les services des clubs portant dûment leur nom et leur photo. On peut continuer à disserter à volonté et organiser des débats savants sur les raisons sociétales profondes du hooliganisme mais, en attendant, que nos responsables commencent au moins par faire leur boulot dans nos stades… Rien de plus !