La théorie des petits pas

Le Maroc marque indéniablement des points dans le dossier du sahara, mais le chemin est encore long et il faut espérer que la conjoncture reste favorable.

On ne peut s’empêcher, à propos de l’affaire du Sahara, d’éprouver un sentiment de satisfaction après le verdict du Conseil de sécurité de l’Onu, exprimé par la résolution 1813, et les déclarations favorables au Maroc faites par les Etats-Unis et la France. La tendance qui semble se dessiner depuis bientôt un an se confirme : un plan d’autonomie est l’option la plus réaliste pour résoudre ce conflit vieux de trente ans.

Cela dit, il ne faut pas se leurrer en imaginant que c’est le début de la fin. On oublie de le rappeler, les Nations Unies, en dépit de la pression croissante exercée sur le Polisario, n’imposeront aucune solution, comme il a été dit et redit maintes fois. De plus, les considérations géostratégiques peuvent facilement amener les pays, aujourd’hui amis, a atténuer quelque peu leurs positions, même si l’on imagine difficilement un basculement vers une position totalement opposée à celle d’aujourd’hui.

L’Algérie, clé de la solution, a du pétrole et du gaz, matières vitales dans le contexte actuel d’échauffement des prix et qui pourraient servir d’atout pour renverser la pression, du moins maintenir le statu-quo dans ce dossier.

Contrairement à ce qu’avancent plusieurs analystes, le statu-quo n’est pas autant préjudiciable à l’Algérie qu’au Maroc. En termes économiques certes, les deux pays sont perdants, mais en terme diplomatiques et au regard de ses considérations de politique intérieure, l’Algérie ne peut que souhaiter le prolongement de ce no man’s land diplomatique.

Elle le sait bien, et c’est déjà une réalité, l’alternative au statu-quo se résume à un Sahara Marocain, officiellement reconnu, ce qui lui ferait perdre la face. Alors elle prolonge le blocage et refuse même tout contact officiel avec le Maroc.

Il faut donc croire que le problème du Sahara perdurera pendant quelques années encore, en espérant que la conjoncture onusienne reste favorable, que la politique étrangère – du moins sur le dossier du Sahara – qui découlera des élections présidentielles américaines de novembre prochain soit en phase avec l’actuelle position, que la Fédération de Russie ne soit pas reprise par ses démons kosovars et que l’Espagne se cantonne dans sa bienveillante neutralité.

En attendant, et en enregistrant les bons points du Maroc, on notera également cette théorie des petits pas appliquée par le Royaume qui consiste à tendre la main de manière répétée à une Algérie hostile, manière de mettre encore plus la pression sur un mur de silence qui finira bien par se fissurer.