La réforme peut attendre !

C’est désormais une certitude. La réforme de l’enseignement ne se fera pas en dehors de la sphère politique. Le bombardement, auquel a eu droit le ministre de l’éducation nationale en direct au Parlement de la part du chef du gouvernement, a au moins clarifié la situation : l’éducation est une affaire de politiques et personne d’autre, encore moins des technocrates, fussent-ils des experts en la matière.

Dans la foulée, cette nième réforme de notre enseignement, pourtant vitale et extrêmement urgente pour le pays, se complique et se voit compromise. On croyait savoir que le gouvernement était en ligne avec les recommandations et les conclusions exprimées par le Conseil supérieur de Azziman.

Visiblement, il n’en est rien. La preuve, le chef du gouvernement a suspendu purement et simplement l’application d’une mesure que le ministre Benmokhtar préparait, à savoir la réintroduction de l’enseignement de certaines matières scientifiques en français. Une mesure qui va dans le sens de ce que préconisait le conseil dans son rapport pourtant soumis et validé par le Souverain.

Abdelilah Benkirane a exercé son veto en mettant son ministre au box des accusés et en le tançant presque de ne pas toucher à ce qu’il a qualifié de «questions politiques brûlantes». C’est que pour le chef du gouvernement, la réforme de l’enseignement devrait d’abord commencer par rétablir l’ordre et l’autorité dans les établissements. Certes. Mais quand bien même ces aspects d’ordre administratif seraient importants, cela ne résoudrait en rien le vrai problème de notre enseignement qui réside plus dans les questions d’ordre pédagogique.

Le fait, pour ne citer que ce seul exemple, que 8 enfants sur 10 dans nos écoles ne comprennent strictement rien à ce qu’on leur enseigne n’est pas une affaire d’ordre, ni d’autorité, mais une affaire éminemment pédagogique liée au contenu, aux méthodes d’apprentissage, aux langues utilisées…

Si les politiques estiment que ce type de questions relèvent d’eux, autant dire qu’on n’est pas près de réformer. Car si aujourd’hui un parti peut estimer que la question de l’arabe dans les matières scientifiques, par exemple, est un sacro-saint auquel il ne faut surtout pas toucher, au risque de menacer la sécurité de l’Etat, il suffirait que demain un autre parti, aux convictions différentes, ait la main pour qu’une telle mesure passe comme une lettre à la poste. Avec l’instauration du Conseil, on aurait pu croire que l’école et la réforme de l’enseignement allaient enfin être soustraites aux «aléas» de l’idéologie partisane. Mais visiblement, nos politiques ne sont pas près de lâcher le morceau, advienne que pourra. L’école, elle, peut attendre…