La mort banalisée

Un bus qui écrase deux motocyclistes en plein centre-ville, c’est la conséquence d’un relà¢chement global : celui des comportements, celui des entreprises de transport, celui aussi du manque de réactivité des autorités locales

Deux morts dans un accident de la circulation ! L’information est devenue presque banale au Maroc, tant la route tue. Mais quand le drame a lieu en plein centre-ville, cela devient carrément scandaleux. La faute, et ce n’est pas la première fois, revient à un bus, disons… une épave de M’dinas bus, qui a écrasé, non loin de la place des Nations Unies, à Casablanca, un motocycliste et son passager. Encore une fois, le sort aura bon dos. Avec un tel fatalisme, on continuera à enterrer les morts sans trouver rien à y redire. Pourtant, nous sommes quasiment tous des victimes potentielles. Dès qu’on met les pieds dehors, le danger est partout. Si ce n’est pas un taxi fou, ou un particulier occupé par son mobile qui crée un sinistre, c’est un camion qui laisse échoir son conteneur sur la chaussée, des passants ou une petite voiture.

Les responsabilités sont partagées. Il est évident qu’il y a une certaine perte de repères au sein de la population, qui se manifeste clairement sur la route par d’innombrables actes d’incivilité, et un code, aussi sévère soit-il, ne pourra résoudre ce problème. Il importe alors de poursuivre sans relâche la sensibilisation. Et pourquoi ne pas introduire la prévention routière dans le chapitre de l’hygiène et de la sécurité du code du travail, avec obligation d’organiser des formations, ainsi que dans les programmes scolaires ? Mais le cas qui vient de survenir à Casablanca, un exemple parmi tant d’autres, montre également, à bien des égards, combien le manque de réactivité des gestionnaires des affaires locales peut mener au drame. Voilà une ville où la circulation sur deux principaux axes est rendue kafkaïenne par deux négligences : la fermeture du boulevard Mohammed V au niveau de ce qui reste de l’hôtel Lincoln, ce qui oblige beaucoup d’automobilistes venant du bd. d’Anfa à contourner par le bd. des Far, et la non-remise en service du passage souterrain de la place des Nations Unies qui a poussé les piétons à envahir la chaussée.

Ces désagréments qui semblent mineurs sont à l’origine d’embouteillages monstres. Certains conducteurs peu scrupuleux sont ainsi tentés de forcer le passage pour ne pas rester coincés, avec des risques d’accrochages plus ou moins graves. Un travail important a été fait par la Ville qui continue d’ailleurs son œuvre avec le tramway pour améliorer la fluidité, mais on oublie souvent que, comme l’a si bien dit un grand homme, «les détails font la perfection, et la perfection n’est pas un détail».