La machine à  se faire peur

plutôt que de continuer à  avoir peur que l’année 2009 ne soit pas bonne, réglons-lui tout de suite son compte, faisons en sorte d’en faire une année franchement mauvaise, avant que le sort ne décide pour nous.

On pensait que 2009 serait un mauvais cru. Il n’a pas fallu longtemps pour que l’ambiance régnant sur le monde des affaires au Maroc en fasse, effectivement, une mauvaise année. C’est comme si, passé les brumes du 1er janvier et le week-end prolongé qui a suivi, alors que nous sommes souvent accusés de réagir après coup, nous avions décidé cette fois d’anticiper : plutôt que de continuer à avoir peur que l’année 2009 ne soit pas bonne, réglons-lui tout de suite son compte, faisons en sorte d’en faire une année franchement mauvaise, avant que le sort ne décide pour nous.
Que se passe-t-il donc ? Tout le monde se plaint : «ça ne marche pas», «pas d’activité», «c’est le calme plat», «les clients se font rares»… Alors on attend. Les investissements semblent figés et les recrutements suspendus. La communication, signe du dynamisme de l’économie, est reportée. «Ça craint», paraît-il ! Ça craint pour qui ? Ça craint tout court, par contagion, par mimétisme, alors que l’on se dirige vers une bonne année agricole et que la consommation finale des ménages, qui a crû de 6% en 2008 et représente 58% du PIB, devrait se maintenir sur le même trend cette année, baisse des impôts et légère décrue de l’inflation aidant. Si l’on analyse à froid les répercussions de la crise internationale sur le Maroc, c’est surtout le tourisme et les exportations qui devraient accuser le coup, et encore, durant 6 à 7 mois, pour le premier. Sur le plan de la demande intérieure, en revanche, aucun indicateur ne signale un glissement des dépenses de consommation vers l’épargne. Au pire, le secteur du BTP devrait connaître une accalmie du fait de la morosité de l’immobilier, du retard des mises en chantier des logements sociaux, de ceux à 140 000 DH et de ceux destinés à la classe moyenne. Quoique, avec l’augmentation substantielle de l’investissement public, il n’est pas dit que baisse il y a aura effectivement. In fine, si le risque de ralentissement existe, on est très loin d’une crise et le patronat doit agir pour redonner confiance aux entreprises.
Mais il n’est pas le seul à manquer de réactivité. Si attentisme il y a, c’est aussi parce que l’on attend de l’Etat des signaux positifs. Plan de relance, mesures sectorielles, soutien à l’emploi…, peu importe le qualificatif, le fait est que le gouvernement travaille depuis bientôt deux mois sur le sujet mais tarde à se manifester, alimentant ainsi un scepticisme injustifié. Secouons-nous !