La logique des choix

Y avait-il un autre choix
que l’électrochoc d’une libéralisation à grand pas pour pousser
les producteurs à s’améliorer ?

Le milieu des affaires est inquiet. Depuis bientôt trois mois, il ne se passe pas une semaine sans que l’un ou l’autre des secteurs économiques n’exprime des craintes, face à la menace que représente la libéralisation pour les uns, aux effets des accords de libre-échange ou à la sous-facturation pour les autres. Textile, céramique, acier, ciments, riz… beaucoup de produits locaux ont subi ou subiront, au cours des prochains mois, les effets de la concurrence.
Concurence déloyale ? Dans bien des cas, on peut la qualifier ainsi, encore que les preuves soient difficiles à produire ou que l’on ne puisse rien contre un pays qui subventionne une production donnée. Mais il existe aussi des produits pour lesquels les fabricants locaux sont moins compétitifs, soit en raison d’une productivité désavantageuse ou encore d’un niveau technologique moindre.
Que faire dans ce cas ? Le retour au protectionnisme n’est pas la solution; c’est une fuite en avant qui conduirait à un isolement économique préjudiciable pour les intérêts du Maroc. On pourra toujours discuter de l’opportunité d’avoir signé en deux ans seulement des accords de libre échange avec pas moins de six pays. Le fait est qu’il faut dépasser le stade des lamentations pour se préparer à cette ouverture. Une ouverture qui – on ne le dira jamais assez – est peut-être préjudiciable à court terme pour une partie du tissu économique, mais qui profite au consommateur.
Se préparer à l’ouverture implique trois choses.
La première est que l’on devra se résigner à abandonner les productions non stratégiques et dans lesquelles le Maroc n’est pas compétitif.
La seconde est la nécessité de resserrer le contrôle au niveau des importations en se dotant d’outils pertinents pour déterminer les produits qui font réellement l’objet de dumping et de sous-facturation. L’instauration de prix d’alerte, en contradiction avec les règles de l’OMC, peut produire des effets pervers. Il faut chercher la solution dans les mécanismes de «sauvegarde» que prévoient les accords de l’OMC.
La troisième action impérative est d’accélérer la mise à niveau là où on peut soutenir la concurrence. Depuis le temps que l’on parle d’ouverture des frontières et de libéralisation du commerce, rien ou presque n’a été fait, surtout en matière de diversification, d’intégration et de montée en qualité.
En accélérant le rythme d’une ouverture économique qui, de toutes façons, était inéluctable, le Maroc a quelque peu forcé la main à ses producteurs, mais y avait-il un autre choix que cet électrochoc pour les pousser à s’améliorer ?