La liberté d’être outré

Cinq journalistes, cinquante questions subjectives, une liste d’incidents et le tour est joué. Rapide, facile, peu onéreux et… crédible parce que l’on s’appelle RSF.

Al’heure o๠la presse jouit d’une liberté qu’elle n’avait jamais connue auparavant, o๠la majorité des tabous est tombée, o๠les kiosques regorgent de titres comme on ne l’aurait pas imaginé il y a seulement deux ans, le dernier rapport de l’Ong française Reporters sans frontières, dont la notoriété n’est plus à  démontrer, classe le Maroc au 119e rang sur un total de 167 pays scannés par les chantres de la parole libre. Scannés ? Le terme est trop fort, ou il doit vraiment s’agir d’un scan de basse résolution. Choisissez cinq journalistes parmi ceux que vous connaissez, adressez leur cinquante questions subjectives et saupoudrez avec «l’énorme» quantité d’incidents relatifs à  la presse qui ont eu lieu en un an. Rapide, facile, peu onéreux et… crédible, parce que venant d’une Ong internationale : Oh joie !, le Maroc est 119e, il a progressé de 7 places en un an. Est-ce bien sérieux ? Assurément non. Certes, il y a encore du chemin à  parcourir en matière de réformes et de changement des mentalités concernant la presse et son rapport à  l’Etat, mais il est trop facile de casser du sucre sur le dos du Maroc en se prévalant de critères aussi légers. Le pire, dans tout cela, est que l’Etat ne réagit pas alors que l’impact médiatique de ce classement écorne davantage l’image d’un Maroc mis à  mal ces derniers jours par les événements de Sebta et Mellilia et le rapport de transparency international sur la corruption. Autre reproche à  faire à  l’Etat, celui d’entretenir un rapport flou avec la presse. Le code qui régit la profession, et notamment les interdits, est encore trop vague – malgré la réforme intervenue – et laisse la porte ouverte à  l’arbitraire. Parfois, il faut le reconnaà®tre, des confrères dépassent allègrement le cadre de la loi ou tout simplement font fi de la morale, sans que l’Etat ne réagisse. Tout cela procède d’un jeu malsain parce qu’au final ce qui est permis aujourd’hui peut être interdit demain. Et cela, bien sûr, apporte de l’eau au moulin de ceux qui voient le verre à  moitié vide. La loi doit être claire et elle doit être appliquée. C’est de cette façon seulement que l’on peut avancer. Enfin, il faut bien souligner, encore une fois, le manque d’indépendance de la justice. Mais peut-être, si l’on avait les bonnes lois, le problème ne se poserait-il plus