La fracture

Les 33 partis politiques ont rendez-vous avec leurs électeurs et 40% de la population de votants ne connaissent pas la moitié des partis et encore moins leurs figures de proue.

Incroyable ! Dans moins de trois mois, les 33 partis politiques que compte le Maroc ont rendez-vous avec leurs électeurs et 40% de la population de votants ne connaissent pas la moitié des partis et encore moins les figures de proue de leurs formations politiques pour lesquelles ils vont voter !

Lorsque nous avons, avec nos amis de Radio Aswat, pensé à effectuer ce sondage, nous sommes partis de l’idée intuitive que les jeunes ne s’intéressaient pas à la politique. Le résultat est cinglant : ils ne se reconnaissent pas dans la politique telle qu’elle est perçue à leurs yeux actuellement. On confond les partis et l’appartenance des hommes politiques. Les jeunes aujourd’hui ne vivent la politique que par bribes télévisuelles, titres de journaux et commentaires sur des blogs.

Dans ces conditions qui va voter pour quels hommes et sur la base de quel programme ? Il y a dans les résultats de ce sondage quelques enseignements à tirer.
Le premier est la profusion inutile de partis, dont une bonne part est née des suites de scissions. Un tel nombre entretient la confusion et il faudra nécessairement des regroupements pour clarifier la posture des uns et des autres : qui est dans la majorité et qui siège à l’opposition ? Qui est de droite, de centre ou de gauche. Les pôles chez nous sont absents, or, dans les démocraties les plus évoluées ce sont deux à trois blocs qui s’affrontent. Cela permet de savoir pour qui voter et donne des majorités solides. Chez nous il faut sept partis pour constituer un gouvernement !

Le deuxième enseignement est qu’un bon nombre des membres des structures dirigeantes des partis est rejeté. Or, ces derniers continuent à représenter les partis entretenant le rejet. Il est non seulement temps de laisser la place aux nouvelles générations mais également d’imposer un renouvellement périodique de visages, entretenir la fraîcheur, parce que le pouvoir use.

Enfin, le troisième enseignement est que les partis doivent changer d’approche marketing. On a vu à la télé, lors de la campagne pour la Constitution, des visages tristes, fermés, des voix monotones, des messages sans conviction. «Est-ce pour ces gens que nous allons voter ?», semblent crier ces jeunes qui s’abreuvent sur les moteurs de recherche et les réseaux sociaux. Quel parti aujourd’hui peut se targuer d’avoir un site régulièrement animé sur internet ?
Les choses en sont à un tel point que demain l’issue du vote se jouera autour de ceux qui crient le plus fort et pas ceux qui parlent le plus juste.