La Fawda érigée en système

Il est tentant pour une nouvelle équipe au pouvoir de ne point trop brusquer l’image positive qui l’a portée aux urnes. Il est tout aussi préjudiciable pour l’avenir de cette équipe de ne pas agir au début de son mandat.

Des grèves qui se succèdent sans que les salaires en soient affectés, des établissements publics pris carrément en otage, des marchands ambulants qui ont envahi les rues et coupent carrément la circulation, des habitations illégales qui poussent à une vitesse hallucinante, des manifestations sans motif clair et des atteintes aux biens des personnes, des étudiants qui menacent leurs professeurs à l’arme blanche pour pouvoir copier ou pour ne pas recevoir de mauvaises notes… Quel est le point commun entre tous ces événements ? L’anarchie. En une année seulement, le contexte social s’est à ce point dégradé que l’on a l’impression que le Maroc découvre soudain qu’il a tous les problèmes du monde et que tous les excès sont permis.

Printemps arabe, élections, tensions sociales… au cours de l’année 2011, par crainte légitime de ces étincelles qui créent des dérapages incontrôlés, les autorités ont laissé faire. Certains phénomènes latents se sont exacerbés, d’autres, nouveaux, sont apparus, on a profité de cette crainte sourde pour pousser les pions de l’abus. Les droits de l’homme ont bon dos.

Mais jusqu’à quand ? Le gouvernement a montré les premiers signes de fermeté, en condamnant publiquement, en mettant en garde, mais il faut aller plus loin. Il est tentant pour une nouvelle équipe au pouvoir de ne point trop brusquer l’image positive qui l’a portée aux urnes. Il est tout aussi préjudiciable pour l’avenir de cette équipe de ne pas agir au début de son mandat. Les décisions qui fâchent doivent passer aujourd’hui. A court terme, le PJD récoltera du ressentiment, à moyen terme on retiendra que le parti s’est illustré en faisant respecter la loi. Sanctionner l’occupation de la voie publique, l’accaparement du foncier d’autrui, la rémunération non méritée, l’atteinte aux biens et aux personnes est un devoir pour l’Etat. S’il y a bien une mission  sur laquelle le gouvernement doit se pencher, en dehors des traditionnels soucis économiques, c’est bien celle de réhabiliter l’Etat de droit, rétablir l’Etat dans ses droits.

Il y a cependant une certaine pédagogie à adopter en la matière et qui a constitué un écueil pour bien des gouvernements de bonne volonté. Communiquer, expliquer, rappeler cette loi que nul n’est censé ignorer mais que personne n’a pris la peine de lire. Des exemples : jusqu’à présent on ne sait pas quelles sont les limites légales à une manifestation ? Qu’encourent comme sanction celui qui construit sans autorisation et celui qui laisse faire ? Que dit la loi sur l’occupation du domaine public ?… Communiquer publiquement, pour agir légitimement.