La facture de l’immobilisme

Le manque d’arbitrage au niveau du gouvernement sur des dossiers d’ordre social comme l’AMO ou la réforme des retraites pourrait coûter très cher à  l’Etat et hypothéquer l’avenir des générations futures.

A son arrivée aux commandes du gouvernement, en novembre 2007, le Premier ministre Abbas El Fassi avait clairement annoncé la couleur en faisant du social un des axes de son programme gouvernemental. En ce sens, on ne peut pas dire que le gouvernement n’a rien fait. Parmi les plus importantes mesures on citera celle du maintien du soutien aux produits subventionnés ou encore la généralisation du régime d’assistance aux économiquement démunis. Il reste que sur certains dossiers, la lenteur dans la prise de décision et l’incapacité à régler les problèmes risquent d’exploser à la face des citoyens et par ricochet à celle du prochain gouvernement.

Prenons le cas de l’assurance maladie obligatoire. Elle souffre à la fois d’un problème institutionnel et de dysfonctionnements techniques. Les deux organismes gestionnaires d’un système de prévoyance sociale sont sous la tutelle du ministère de l’emploi et échappent à celle du département de la santé, alors même qu’il s’agit d’assurance maladie. Pire, l’agence de l’AMO, le régulateur du système, n’a aucun pouvoir sur un des leviers de régulation qui est la tarification des actes médicaux. Pour couronner le tout, un décret devant formaliser la date butoir de basculement des assurés auprès du secteur privé vers le système de base, condition nécessaire pour la survie du régime, est toujours suspendu créant de fait un flou juridique (voir article en page 20). Résultat : le système AMO est en train de partir en vrille. Trop de gaspillages remboursés par les caisses, des déconventionnements de médecins et cliniques qui pénalisent les malades et de lourds déficits à partir de 2013 déjà… Certaines solutions d’ordre technique sont connues et relèvent des prérogatives de l’Etat, d’autres sont à négocier avec les partenaires que sont les entreprises et le corps médical. Mais, on n’en est même pas encore là, car personne ne veut trancher et la facture sera lourde.

Autre exemple d’inertie, celui de la réforme du système de retraites. Depuis le mois de septembre dernier, le schéma global en est connu et une commission nationale devait se réunir avant la fin de l’année écoulée. Où en est-on ? Tout simplement dans une situation de statu quo. Le Premier ministre à qui échoit la responsabilité de ce dossier ne semble pas vouloir faire bouger les choses et chaque mois qui passe équivaut à un effort de cotisation supplémentaire pour les générations à venir.

En somme, et comme il y va de la responsabilité morale de l’Etat qui finira par assumer les déficits latents, on est en train d’hypothéquer les équilibres financiers du pays par manque de décision ou d’audace politique. Navrant !