La constante humaine

C’est parti. Le chantier royal de la généralisation de la protection sociale est officiellement en marche avec les premiers décrets validés par le gouvernement Akhannouch cette semaine.

La conjoncture et surtout la crise sanitaire, ses répercussions économiques et sociales ont été, sans nul doute, des facteurs d’accélération. Comme dans tous les pays, des millions de travailleurs marocains, surtout ceux du secteur informel, se sont retrouvés du jour au lendemain sans sources de revenus et sans filets sociaux pour amortir, même partiellement, un choc si violent.

Cela dit, et au-delà de la conjoncture, la généralisation de la protection sociale pourrait être placée dans une perspective plus large et plus longue. En 2022, le Maroc enclenchera la mise en œuvre progressive d’un nouveau modèle de développement. Un modèle dans lequel le capital humain a été d’emblée placé comme élément central. Éducation, formation, emploi, santé, toutes les thématiques retenues comme les priorités du modèle convergent vers le même point central : l’élément humain.

Il se trouve que ce chantier vient d’être lancé au moment où le Maroc célèbre une des dates les plus importantes de son histoire, à savoir le 18 novembre, fête de son indépendance.

Quel lien entre les deux faits ? Aucun, si ce n’est le hasard du calendrier. Et pourtant, en faisant un voyage dans le temps, 66 ans en arrière, on retrouve étonnamment un autre Maroc, certes très différent de celui de 2021, mais avec un point commun.

Au lendemain du 18 novembre 1955, le nouveau Maroc indépendant se cherchait naturellement. Par quoi commencer ? Quel Maroc voulait-on? Quelles options prendre sur le plan économique, social et même sociétal ? A quels secteurs et à quelles problématiques fallait-il donner la priorité ? Bref, la nouvelle équipe, les nouvelles élites de l’époque cherchaient, elles aussi, un modèle de développement pour le Maroc. Et dans ce Maroc euphorique et impatient d’entamer sa nouvelle révolution, un homme, le défunt Roi Mohammed V, avait tenu à ce que l’une des premières grandes décisions soit en faveur du capital humain avec la mise en place d’un système de sécurité sociale pour les travailleurs salariés du secteur privé. Et la CNSS voit le jour en 1959.

Dans un monde qui a lui-même changé de visage depuis 1955, le Maroc s’est transformé, lui aussi. Il a profondément évolué. Son économie, sa société, ses atouts, ses forces, son positionnement à l’international, dans la région et le continent, ses contraintes sont différentes de celles d’il y a 66 ans.

Mais une chose n’a visiblement pas changé : en 1955 comme aujourd’hui, comme à plusieurs autres étapes cruciales de son histoire, le Maroc croit d’abord et avant tout en une valeur immuable qui a toujours fait sa force, son capital humain.