La charrue avant les bœufs

Désormais, la performance économique ne doit plus se mesurer en termes de taux de croissance mais en termes d’attractivité de l’investissement étranger.

Le premier semestre de l’année 2005 a été mauvais sur le plan économique. Hormis l’agriculture dont il convient désormais d’atténuer l’impact aléatoire, c’est surtout l’industrie qui accuse le coup. Le Maroc est entré de plain-pied dans la mondialisation. Un choix délibéré, mais… Notre compétitivité s’envole à  tire-d’aile, l’énergie est trop chère, les charges sociales sont trop lourdes, la fiscalité est inadaptée et le produit fini coûte plus cher que les intrants. Que faire ? Retourner à  la protection ? Elle permettrait de maintenir le statu quo qui a prévalu pendant 20 ans, mais avec cela nous n’irons pas loin. Peu d’investissement, peu de croissance, peu de créations d’emplois, un consommateur qui paiera les produits au prix fort et la prolifération de la contrebande. La seule solution est donc d’ouvrir l’économie au marché mondial.C’est ce que le Maroc a fait, mais de quelle manière ? Dès lors que l’on a accepté la mondialisation, il faut y aller franco. Or, jusqu’à  présent, le souci des équilibres macro-économiques, matérialisé par une approche budgétaire, a prévalu. A chaque fois qu’il s’est agi de décrocher une mesure susceptible d’améliorer la compétitivité du tissu économique, il a fallu négocier, renégocier, quémander presque et souvent se heurter à  l’intransigeance des Finances. Nous entrons donc dans la mondialisation à  reculons. Au lieu que nos entreprises aillent prospecter des débouchés ailleurs, elles se font débaucher leurs marchés. Certes, elles ont leur part de responsabilité, mais aujourd’hui on ne leur donne pas les moyens de se battre à  armes égales. Dans ce cas-là  quelle sera l’utilité de la vision budgétaire quand l’économie sclérosée rapportera de moins en moins de ressources à  l’Etat ? Le fait est que l’on a opté pour la mondialisation sans mettre en place les outils qui vont avec. O๠est la baisse de l’IGR ? A quand un Smig flexible ? Pourquoi pas une énergie subventionnée ? A quoi sert d’imposer des intrants à  80% ? Le seul atout d’attractivité économique dont on se targuait, il y a peu, a disparu. Notre main-d’Å“uvre est plus chère que celle de la plupart des pays concurrents. Peu de personnes en parlent, mais les investissements étrangers, tourisme mis à  part, sont en panne sèche. Le Maroc n’est pas attractif, ni pour l’investisseur local, ni pour celui qui voudrait délocaliser. Désormais, la performance économique ne doit plus se mesurer en termes de taux de croissance mais en termes d’attractivité de l’investissement étranger. La croissance suivra, tout naturellement.