L’ Etat de droit

Plus de Cour spéciale de justice, des prisonniers politiques graciés
et le dossier des droits de l’Homme en voie de règlement définitif.
Un grand jour, et une leçon à retenir.

En ce début du mois de janvier où il est de mise de parler des chantiers de 2004, trois bonnes nouvelles sont venues, coup sur coup, teinter d’optimisme la grisaille du quotidien.
Acte I, mardi 6 janvier. Le conseil de gouvernement valide un texte supprimant la Cour spéciale de justice, juridiction d’exception au sein de laquelle justice et politique font bon ménage. Ses attributions seront transférées aux Cours d’appel de cinq villes. Fini donc les procès avec des procureurs subordonnés au ministre de la Justice, des comparutions en état d’arrestation et des jugements sans recours. Fini surtout l’inégalité des citoyens devant la justice.
Acte II, mercredi 7 janvier. Au cours d’une cérémonie, à Agadir, le Souverain installe la commission Equité et réconciliation, dont le rôle sera de clore définitivement le dossier épineux des droits de l’Homme. Elle a neuf mois pour le faire et, en principe, en 2005, la page sera tournée. Il y aura toujours des mécontents mais l’essentiel est là : le Maroc se réconcilie avec son passé.
Acte III, mercredi 7 janvier, toujours. SM Mohammed VI gracie 33 prisonniers. La mesure n’est pas inhabituelle, sa portée symbolique, elle, l’est. Sept journalistes figurent dans le lot, beaucoup d’autres sont des détenus politiques, le reste étant composé de victimes d’une justice qui, par manque d’indépendance, a souvent eu la main lourde.
En deux temps trois mouvements, serait-on tenté de dire, le Maroc a rétabli l’Etat de droit et les droits de l’Homme. Un grand jour, assurément. Une leçon, également, qu’il faudra capitaliser en faisant de la justice un instrument réellement indépendant au service du citoyen et non pas de l’Etat.
Tant que les jugemements resteront marqués par le contexte politique, tant que la justice frappera de manière sélective et, enfin, tant que des juges céderont à la tentation de l’argent facile, un nouveau dossier des droits de l’Homme risque de surgir dans dix ou vingt ans. Aujourd’hui, ce sont les victimes du système politique, mais demain, qu’est-ce qui empêchera celles du système économique de venir réclamer, à juste raison, leurs droits ?