Juges et parties ?

Une séparation de pouvoirs, sans équivoque, entre les propriétaires et gérants de la plateforme boursière, les intermédiaires, et l’Etat, dans son rôle d’arbitre, devient nécessaire.

« Ce n’est pas moi, c’est lui» ! C’est le jeu de ping-pong auquel se livrent, depuis quelques jours, les intermédiaires, la Société de Bourse des valeurs de Casablanca (SBVC) et Boursomaroc, le site d’informations financières, accusé d’avoir diffusé en toute connaissance de cause des informations non publiques reçues du site de la Bourse, suite à une erreur de paramétrage du nouveau système de cotation, dont la faute, rappelons-le, incombe en premier lieu à la Bourse.
Le marché n’en est pas à sa première grande affaire. Il y a moins d’une année, Uplines securities avait été lourdement sanctionnée pour faute grave, tandis que d’autres intermédiaires écopaient de punitions moins sévères. Tout cela n’est pas nouveau. Depuis le milieu des années 90, c’est-à-dire après la conversion de la SBVC dans sa forme actuelle, des pratiques plus ou moins répréhensibles sont constatées chaque année : études tronquées, recommandations partisanes pour doper un cours ou briser son élan selon les intérêts du moment, ventes à découvert…Certaines de ces pratiques ont été plus ou moins jugulées grâce à la vigilance du Conseil déontologique des valeurs mobilières. D’ailleurs, aucune place financière, aussi bien organisée soit-elle, n’est à l’abri de la fraude. Mais, quand l’appât du gain facile pousse beaucoup d’intervenants à faire fi des interdits, la situation devient inquiétante, sachant que Casablanca en est encore à asseoir sa crédibilité auprès des investisseurs locaux et étrangers. C’est pourquoi l’affaire en cours doit être approchée avec le plus grand sérieux.
Dans l’attente des résultats de l’enquête menée par le gendarme de la Bourse, le ministère des finances promet de frapper fort. On espère que ce ne sera pas un coup d’épée dans l’eau. En six mois, période pendant laquelle les informations en question ont été diffusées de manière ininterrompue, il serait naïf de croire que personne n’en a profité. On espère malgré tout que cela a bien été le cas. L’essentiel est que l’on aille jusqu’au bout et que des sanctions soient prises.
Au final, une reprise en main ferme pour améliorer la transparence du marché est nécessaire. Il n’est pas dit que l’Etat, d’ailleurs représenté par un commissaire au Conseil de surveillance de la Bourse, doive se substituer aux intervenants. On ne néglige pas non plus les efforts de modernisation consentis jusque-là, mais il est clair qu’une séparation de pouvoirs, sans équivoque, entre les propriétaires et gérants de la plateforme, les intermédiaires, et l’Etat, dans son rôle d’arbitre, devient nécessaire.