Journalistes ?

Pratique du métier, rapport avec l’environnement et viabilité économique sont des éléments
essentiels du débat qui vient d’être lancé sur la presse

Le débat lancé à l’initiative de députés sur la question des médias est à saluer. Il procède d’une démarche dans laquelle le Parlement est dans son rôle. On a entendu dire çà et là que les députés n’avaient pas de leçons à donner à la presse. Réflexe corporatiste et surtout de mauvaise foi. La presse fait un métier qui conditionne l’opinion publique. Il est normal que cette dernière se pose des questions, il est sain qu’elle le fasse à travers un dialogue.

Ce débat, nous dit-on, doit déboucher sur un livre blanc de recommandations, et, probablement, sur une refonte du Code qui régit le métier de la presse écrite. A notre sens, il est des questions de fond que ce débat doit aborder, et qui dépassent le seul aspect visible des choses.
On parle de problèmes de déontologie. Il en existe beaucoup effectivement. Mais, très souvent, la diffamation, la fausse information ou encore l’analyse tronquée ont d’autres causes que la mauvaise foi qui est la seule pointée du doigt. La presse souffre d’un flagrant déficit de ressources humaines qualifiées qui comprennent le sens de l’honnêteté intellectuelle et qui en font bon usage. Vérifier, recouper, sourcer, contredire…, combien de journaliste débutants, même formés dans les écoles de journalisme, appliquent ces principes de base à la lettre ?
On parle aussi de la floraison d’analyses et de la pauvreté en informations. C’est également vrai. Mais il faut poser la question corollaire. Qui aujourd’hui donne l’information à la presse ? Qu’en est-il du droit à l’information publique ? Qu’en est-il de l’accès aux rapports et analyses des organismes étatiques auxquels le citoyen lambda devrait avoir accès? Quelle conception le secteur privé, encore plus avare en données, a-t-il des rapports avec les médias ? Un véritable travail d’éducation est à faire. Plus l’information est disponible, moins le risque d’interprétation et d’analyse sommaire sera élevé.

On parle aussi d’une normalisation du traitement vis-à-vis de la presse par le recours à la justice. Fort bien, la presse n’est pas au-dessus des lois. Est-ce pour autant une raison pour la réduire au silence avec des millions de dirhams d’amendes et ignorer souvent le texte qui la régit ? Les juges mesurent-ils l’impact de leurs actes ? connaissent-ils le métier ?

Enfin, on oublie trop souvent que la presse est avant tout un ensemble d’entreprises qui, faute de gagner de l’argent, ne doit pas en perdre, pour ne pas mourir. Or, son modèle économique est très fragile. Si l’on y  ajoute le boycott des annonceurs fâchés, un régime de sécurité sociale qui ne s’adapte pas aux nécessaires collaborateurs extérieurs et une inflation incroyable des salaires, c’est un bon pan du secteur qui risque de disparaître d’ici deux ans, au plus tôt.

Pour résumer donc, pratique du métier, rapport avec l’environnement et viabilité économique sont des éléments essentiels du débat. Ils sont tout aussi importants que cette réforme d’un Code sur laquelle se cristallisent les divergences alors qu’il ne constitue pas vraiment le cœur du problème.