Jeunesse – mérite = liste nationale

Quel est le mérite d’un jeune qui se retrouve député sans être descendu sur le terrain pour aller se frotter à  ses électeurs ? Que défend-on ? le jeunisme est-il une valeur supérieure au mérite ?

Que représente le Parlement ? A priori, la réponse paraît triviale, tant cette institution est ancrée dans le système politique du pays, depuis son indépendance et pourtant il est bon d’en redéfinir le rôle et les missions. Le Parlement donc est l’institution législative du pays, une des expressions de la démocratie puisqu’il permet, entre autres, à des députés élus directement ou indirectement par la nation, d’avoir voix au chapitre en votant, en amendant, ou en rejetant les textes de lois, de contrôler l’action de l’Etat en questionnant gouvernement, administration et entreprises publiques et de défendre les intérêts de la circonscription dont les votes leur ont permis d’être élus. Le Parlement représente la voix du peuple. Pour y accéder, ses membres se soumettent au test de la campagne électorale, ils sont porteurs de promesses et d’engagement au nom de leur parti, dans une circonscription donnée.

Ces derniers jours, contexte de 20 Février oblige, on parle d’une liste nationale élargie aux jeunes. De prime abord, le rajeunissement des élites parlementaires est en soi positif. Mais il n’est pas certain que l’on rende service à ce pays en le faisant de cette manière. Pourquoi ?

Si l’instauration d’une liste nationale de femmes peut se comprendre -et encore !- dans un souci de discrimination positive envers celles qui représentent la moitié des Marocains, cette entorse à la démocratie n’aurait aucun sens dans le cas des jeunes.

D’abord, en figurant sur la liste nationale, le jeune est propulsé par son parti dans une catégorie de privilégiés et pourrait devenir représentant de la nation sans avoir milité pour obtenir un siège, sans s’être frotté à un électorat, sans base. Il n’a aucun mérite, peut-être même pas au sein de son parti qui l’a choisi pour son âge avant ses qualités. Que défend-on alors ? De quelles valeurs cette accession à la députation est-elle porteuse ? Le jeunisme est-il devenu une valeur surclassant le mérite ? On ne rend pas service à la nation ni à ce jeune lui-même.

De la même manière ouvrir la liste nationale aux jeunes est néfaste pour les partis politiques eux-mêmes. Avec cette porte entrouverte on garde pour les moins jeunes, qui squattent postes de dirigeants et honneurs, le nombre de sièges potentiels nécessaires pour que personne ne soit fâché. En somme, on élargit juste l’éventail des possibilités pour que les jeunes aient une petite part du gâteau et que les «vieux» gardent leur babines plongées dans cette crème qui les nourrit depuis des lustres. Elle est belle la démocratie…