Je suis l’Etat et je boude

Encore des affaires de presse ! Encore des condamnations lourdes, des journaux interdits de parution et des entreprises qui sont au bord de la faillite. Jamais le malaise entre l’Etat et la presse écrite n’a atteint de telles proportions.

Encore des affaires de presse ! Encore des condamnations lourdes, des journaux interdits de parution et des entreprises qui sont au bord de la faillite. Jamais le malaise entre l’Etat et la presse écrite n’a atteint de telles proportions.
Malheureusement, et en dépit de toutes ces péripéties, le dialogue reste inexistant ou si peu. L’Etat voudrait d’abord que la presse reconnaisse de manière inconditionnelle ses torts, ses dérapages, ses manquements à la déontologie. La profession, elle, admet que des journalistes dépassent les frontières fixées mais tient toutefois à ce que l’Etat fasse son mea culpa en ce qui concerne le non respect des procédures, la fermeture des locaux, le blocage de la parution d’un titre.
Jusqu’à plus ample informé, c’est plutôt l’Etat qui fait la fine bouche. Visiblement, le message que l’on tient à faire passer est qu’il faut punir cette presse qui ne respecte plus rien. Alors on montre ses muscles, on déploie sa puissance administrative et judiciaire et l’on attend de voir venir. Que cherche l’Etat ? A ce que la presse s’en prenne à ses brebis galeuses ? A ce qu’elle s’occupe elle-même du nettoyage avant de devenir fréquentable ? Ce serait faire une grossière erreur. Mettre au ban un titre de presse par ses propres pairs n’évitera pas pour autant les dérapages. La presse cherchera toujours à faire bouger les lignes rouges parce que d’autres pays, d’autres confrères l’ont fait. Tout ce que les associations professionnelles du secteur peuvent faire c’est de sensibiliser les mis en cause, c’est de servir d’intermédiaire entre l’Etat et la profession, mais en aucun cas de prendre la posture du gendarme. Le dialogue doit donc être rouvert, dût-il rester un seul journal, une seule personne de bonne volonté comme représentant honorable du secteur.  
Par ailleurs, la plupart des procès de ces derniers temps étant liés à des écrits concernant le Souverain ou la famille royale, il faut bien encore une fois poser la question de ce qui est autorisé ou pas. On ne peut qu’être choqué par les propos de Khalid Naciri qui déclare que des journaux ont fait de la monarchie un fonds de commerce juteux. Il est tout naturel que le Roi, Commandeur des croyants, chef d’une monarchie exécutive, personnage public, fasse l’objet de tant d’attentions. Le tout est, bien entendu, de veiller au nécessaire respect dû au Monarque. Si des journaux en parlent autant c’est que le lectorat est friand d’informations à ce sujet et la presse n’a d’existence qu’à travers son lectorat. Or, c’est là qu’un travail sérieux doit être fait. L’article 41 du Code de la presse punit l’offense faite à SM le Roi. Il ne définit point la séparation entre le Roi, en tant que particulier et la monarchie en tant qu’institution. Commenter ou critiquer un projet lancé par le Souverain dans le cadre de son rôle de chef de l’Etat est-il une offense ? Le bon sens voudrait que la réponse soit négative. Or, dans l’état actuel du texte, le contraire serait tout aussi opposable. Et ce n’est, là, qu’un exemple. Il est grand temps d’entrer dans le détail : que peut-on écrire, dessiner ou commenter à propos du Roi ? Une loi bien faite est le meilleur des régulateurs. Un dialogue sans conditions est le seul mode opératoire.