Je contrôle, donc je suis…

Au lendemain même des attentas sanglants de Paris, beaucoup de ceux qui devaient se rendre à la capitale française par avion redoutaient le pire en arrivant aux aéroports parisiens et se sont préparés à passer des heures aux contrôles des frontières et d’immigration.

Il faut dire qu’il y avait de quoi, à entendre les propos tenus par le Président français le soir même quant à l’Etat d’urgence et le rétablissement du contrôle aux frontières. Eh bien, ils s’étaient trompés. A l’image de ce couple de Marocains qui, parti à bord d’un vol Casa-Paris moins de 48 heures après les incidents du 13 novembre, raconte comment, paradoxalement, les contrôles à l’aéroport MohammedV de Casablanca étaient nettement, et comme d’habitude, plus longs et plus sévères que ce qu’ils ont vu à Orly où, finalement, disent-ils, il n’y avait presque aucun contrôle pour un pays «en guerre» !

Cette différence dans la perception et l’application de la notion de contrôle est encore plus flagrante quand on va dans des postes frontières terrestres comme Bab Sebta par exemple. Pour comparer le mode opératoire des agents de contrôle marocains avec celui de leurs homologues européens, dans le cas d’espèce espagnols, il faut tout juste comparer la longueur des files de voitures d’un côté et de l’autre.

Au Maroc, pour citer un exemple que nous connaissons le mieux, les barrages de contrôle imposants de police ou de gendarmerie à l’entrée des villes, sur les routes, autoroutes ou en rase campagne, avec ou sans situation justificative, en temps calme comme en période de vigilance, ne surprennent personne depuis longtemps et, avec le temps, ne sont plus perçus comme des événements exceptionnels.

Mais finalement, cette présence du contrôle en continu, avec ou sans motif, n’a-t-elle pas un côté positif? Pourquoi une présence policière plus remarquée dans les rues, par exemple, serait-elle nécessairement synonyme de restrictions des libertés ? Or, c’est justement pour protéger ces libertés que les Français réclament aujourd’hui une présence plus musclée des forces de l’ordre.

C’est là un point d’inflexion majeur dans la lecture et l’application de la démocratie. Dans le passé, le niveau de maturité d’une démocratie pouvait être mesuré par le niveau de présence de l’Etat «inquisiteur», «contrôleur» qui devait bien entendu être inversement proportionnel au niveau de développement. En résumé, plus de démocratie imposait que la force de l’Etat soit la moins visible possible.

Plus maintenant ! Avec la mondialisation et la montée en puissance de la menace terroriste, le niveau de démocratie se mesurera désormais par la capacité des Etats à protéger leurs citoyens même si cela doit passer par le retour aux bonnes vieilles méthodes. Il n’y a que ça de vrai…