Inverser la croissance

La radioscopie que vient de livrer la Trésorerie générale du Royaume au sujet des finances des collectivités territoriales résume parfaitement leur situation pathétique de dépendance financière vis-à-vis de l’Etat central.

Ainsi, on y apprend qu’en 2021 les recettes des collectivités ont accusé une baisse pour plusieurs raisons, dont la principale est le recul des recettes de la TVA du Budget général sur lesquelles sont ponctionnées les dotations versées chaque année par l’Etat aux différentes collectivités. En d’autres termes, la perturbation des finances publiques de l’Etat central s’est mécaniquement répercutée sur les collectivités territoriales.

Pourtant, la logique et l’état d’esprit dans lequel s’inscrit la vision de la régionalisation avancée au Maroc, telle que voulue dès le départ par SM Mohammed VI, voudrait en fait que ce schéma soit inversé.

A l’instar de la croissance globale du pays, qui est la résultante des croissances réalisées dans différents secteurs, par des opérateurs et agents économiques, cette vision devrait aussi être la sommation des croissances réalisées à l’échelle des régions. La performance nationale ne peut pas se réaliser à Rabat ou Casablanca pour se transmettre aux régions, mais le contraire.

Même si la régionalisation n’est encore qu’à ses débuts, il serait temps d’instaurer les bons mécanismes dès maintenant.

Dans le schéma idéal, et même si les subsides de l’Etat central seront toujours utiles, des régions fortes sont des régions capables de mobiliser leurs propres ressources, pour l’investissement privé et la création d’emplois et donc de richesses. Et pour cela, l’investissement public sera vital, notamment dans les infrastructures. Or, et c’est un élément de plus apporté toujours par les chiffres de la TGR, les collectivités territoriales au Maroc ont la fâcheuse tendance depuis des décennies à dégager des excédents budgétaires dont le volume atteint actuellement le niveau vertigineux de 50 milliards de DH ! C’est la preuve par les chiffres que les collectivités territoriales ne réalisent pas les investissements budgétisés sur lesquels elles sont engagées.

Or, sans infrastructures d’accueil et sans équipements publics, il est difficile de drainer des opérateurs économiques. Le nouveau modèle de développement a jeté les jalons de cette vision inversée du développement et de la croissance qui doivent venir de la base. C’est maintenant aux élus et acteurs en régions de s’en emparer et d’en faire une réalité. Et l’argument du manque de moyens ne peut et ne doit plus être invoqué…