Interdits de rêve

Il faut voir ces enfants jouer des coudes pour prendre leur tour sur les quelques toboggans des Mc Do de la ville parce que Casablanca, mégalopole de trois millions d’habitants, n’a pas de lieux de loisir dignes de ce nom.

Qui se souvient du parc de jeux Sindibad au cours des années 1980 ? A l’époque, c’était l’attraction phare de la ville de Casablanca. Des familles venaient de tous les coins du Maroc pour y passer la journée. Adultes comme enfants prenaient plaisir à  jouer tout simplement, se divertir, comme on en a tous besoin de temps à  autre.
Aujourd’hui, que peut faire une famille casablancaise qui a des enfants, un dimanche ? O๠emmener ses bambins pour leur épargner une longue journée à  la maison ? Heureusement qu’il y a l’été et la plage. Sinon, il faut voir, durant les autres saisons, ces enfants jouer des coudes pour prendre leur tour sur les quelques toboggans des Mc Do de la ville, o๠l’on est bien obligé de consommer pour justifier son temps de loisir. Sinon… il y a le Sindibad, que tout le monde fuit parce qu’il a l’air de tout, sauf d’un parc de loisirs et que ses jeux, déglingués, rouillés et obsolètes, n’attirent même pas ceux dont les moyens sont réduits. Il y a aussi les six autres parcs de la ville, aussi piteux que tristes.
Il est malheureux de constater que, dans une ville comme Casablanca, il n’y a pas de lieux de loisir dignes de ce nom. Question de pouvoir d’achat ? Il n’est que de voir l’affluence qu’a connue la kermesse hollandaise, en dépit de prix prohibitifs. Question d’investisseurs ? Il suffit de demander aux autorités de la ville combien de propositions sont restées lettre morte pour une histoire de foncier, de plan d’aménagement de la Corniche, éternellement en cours de finalisation, et pour de multipes tracas aussi administratifs que sans fondement.
Pendant ce temps, Rabat s’est dotée d’un Magic Parc qui fait le plein, Marrakech a, depuis quelques jours, son aquaparc et le Kawkab, modeste club de foot, a investi dans un parc de jeux, de taille réduite, mais attrayant.
Pourquoi pas Casablanca ? Pourquoi la piscine municipale, le théâtre, l’aquarium ont-ils disparu ? Pourquoi n’y a-t-il eu aucun projet de remplacement ? C’est à  croire que dans cette mégalopole de trois millions d’habitants, les citoyens sont condamnés au rythme infernal boulot-dodo-école et accessoirement… café. Le fait est que l’on n’arrête pas de construire routes, immeubles, grandes voies et autres infrastructures de béton et bitume et on oublie que ce Casablancais abruti par le travail ou les études aimerait bien se payer une tranche de bonheur pour casser la routine. Est-ce trop demander ?