Insulino-dépendant

Maintenir coûte que coûte une production locale d’insuline, qui rapporte à  son fabricant 4% de son chiffre d’affaires, justifie-t-il une protection ?

L’affaire du marché public de l’insuline nous interpelle à plus d’un titre. Elle illustre bien les soubresauts d’une économie marocaine, ouverte à la mondialisation et la casse qui va avec.

Première lecture : c’est l’histoire de l’unique producteur local d’insuline au Maroc qui se trouve confronté à des pratiques de concurrence déloyale de la part d’un importateur et se défend en toute légitimité, et comme le prévoient les lois nationales et internationales.

Deuxième lecture : c’est l’histoire de l’unique producteur d’insuline au Maroc, qui invoque le danger de la dépendance vis-à-vis des importations pour justifier que l’Etat protège l’industrie locale et qui menace d’aller s’installer ailleurs si l’on ne répond pas favorablement à sa demande.

Troisième lecture : c’est l’histoire de l’unique producteur d’insuline au Maroc, qui s’est partagé, avec son concurrent importateur, depuis près de 30 ans, un marché pour lequel, rien que depuis 2004, l’offre de prix proposée a dégringolé de 60% sans que la viabilité de l’un ou de l’autre ne soit menacée. Quel raisonnement est le plus adapté ? De fait, les trois à la fois peuvent être vrais et faux. Dans l’histoire de l’insuline, Sothema a le droit, comme toute entreprise soumise au marché du commerce mondial, d’être protégée contre une concurrence déloyale, comme le fait d’appliquer un prix inférieur au coût de revient.

Mais si l’entreprise, concurrence saine étant prouvée, n’est pas, malgré tout, compétitive ? C’est là qu’intervient aussi la deuxième lecture.

Invoquer la dépendance des importations est un argument qui ne tient pas. L’insuline n’est pas le pétrole, n’est pas une ressource en voie de raréfaction, elle n’est pas sujette à des variations exagérées de prix et on en trouve facilement sur le marché mondial. Le seul scénario qui pousserait à protéger une production locale serait une menace de destruction du tissu industriel, et encore, cette protection serait-elle temporaire. Or dans le cas d’espèce, il s’agit d’une activité qui ne rapporte au producteur que 4% de son chiffre d’affaires et l’unité de production peut être reconvertie pour la fabrication d’autres produits.

Enfin, dans tout cela, c’est ce que le consommateur/patient paie qui est le plus important. Et dans le cas d’espèce, les statistiques montrent qu’une baisse substantielle des prix a été possible pour un produit qui relève d’un impératif de santé publique.

Dans ces conditions, invoquer la délocalisation en Algérie, ou ailleurs, relève à la fois de la maladresse et du chantage. La seule question valable est de savoir si les règles de concurrence saine ont été respectées. Si c’est le cas, producteur ou importateur, c’est le prix final payé par le contribuable qui compte.