Insécurité… inertie

Les automobilistes
verouillent leurs portes et
remontent leurs vitres ;
sortir le soir à  pied est
devenu une loterie de la
mort… trop c’est trop !

Réda S., 32 ans, visage fracassé par des inconnus qui voulaient lui dérober son GSMà  10h dumatin,dans une grande artère de la métropole. Leila M., 29 ans, jambe estropiée pour avoir tenté de résister parce qu’on voulait lui voler son sac, dans un lieu touristique.Ahmed S.,32 ans, hémorragie abdominale due à  un coup de poignard.On a tenté de lui voler sa voiture en plein boulevard. Karim G., 27 ans, a échappé à  la mort il y a 15 jours : quatre individus armés d’épées ont tenté de le dépouiller à  21h sur le périphérique casablancais. AdilM., lui, ne sait pas pourquoi. Il leur a tout donné sans protester et a lamoitié du visage défiguréemalgré tout.Aziz,Selma,Hamid, Nabil, BouchraÂ…et les autres. Certains sont handicapés à  vie, d’autres décédés,d’autres encore s’en sont sortis avec une grosse frayeur.

Combien ont porté plainte ? Combien d’enquêtes ont abouti ? Combien de malfrats ont été pincés ? Dans un quartier du centre de Casablanca, nombre d’employés se sont fait dérober leur GSMà  la sortie du bureau par lesmêmes voleurs à  moto qui sévissent depuis plusieurs mois.

O๠va-t-on ainsi ? La peur sévit dans nos villes.Les automobilistes se cadenassent et ferment leurs vitres quitte à  étouffer de chaleur ; sortir le soir à  pied est devenu une loterie de lamort ; et quand on est une femme c’est pire. Les agressions se multiplient et pas seulement à  la périphérie des villes.

Aujourd’hui, non seulement le crime est devenu banal,mais l’agression physique se généralise.En cause,plusieurs raisons, dont trois nécessitent une action urgente. Primo, le sentiment d’impunité.La police de proximité n’existe pas ou, quand c’est le cas, n’a pas de moyens. Dans un quartier résidentiel de Rabat, le poste de proximité n’amême pas d’électricité. Appelez le 190 ou le 177 et, quand vous aurez la chance de tomber sur un interlocuteur, ce n’est pas de sitôt que l’autorité se déplacera. Ne parlons pas d’un vol sans agression. Vous serez dans la plupart des cas invité à  repasser le lendemain pour déposer. Et le travail ? Et les contraintes ? Les citoyens ne déposent pas plainte, parce qu’il sont convaincus que ça ne sert à  rien. Secundo, un problème de drogue, que l’Etat devra prendre un jour à  bras le corps.Poignarder une personne passive ne relève pas d’un comportement normal, le qarqoubi, qui se vend presque publiquement, est une gangrène pour la société,un danger pour la sécurité.Enfin tertio, la frustration née d’un sentiment de privation.Qui parle à  ces gens-là  ? Que proposent les partis ? Que dit la société civile ? Aujourd’hui, des citoyens paient le prix de cette anarchie.Demain, c’est peut-être l’économie, l’investissement, la réputation du pays qui seront touchés. Quelqu’un a-t-il une idée ?