Inquiétude de banquier

« Cette ambiance d’attentisme a trop duré et si elle se prolonge encore plus, ce sont les fondamentaux de notre économie qui risquent d’être atteints ».

«Cette ambiance d’attentisme a trop duré et si elle se prolonge encore plus, ce sont les fondamentaux de notre économie qui risquent d’être atteints». Voilà en substance une réflexion qui se passe de tout commentaire du patron d’une grande banque de la place et pas des moindres.

De pareils propos venant des chefs d’entreprises sont devenus aujourd’hui presque anodins et ne produisent même plus de réactions tellement la communauté des affaires, depuis des mois maintenant que la machine tourne au ralenti, nous a habitués aux cris d’alarme et aux signaux de détresse…

Mais venant du patron d’une grande institution financière de la place, ils prennent un tout autre poids. Car, jusqu’à maintenant, quoi qu’on en dise et malgré tous les reproches qui lui sont faits, le secteur bancaire a constitué une sorte de dernière digue de sécurité pour l’économie marocaine. C’est aussi son véritable thermomètre.

Les propos de ce banquier sont également sérieusement inquiétants car ils contrastent avec le discours que les banques ont tenté de véhiculer malgré les difficultés. Conscients du poids, ne serait-ce que psychologique, que peut avoir leur appréciation de la situation, les patrons du secteur bancaire au Maroc ont toujours tenté de garder, contre vents et marées, un discours optimiste. Du moins quand ils prennent la parole en public. Mais en aparté, et depuis quelques semaines, c’est tout autre chose.

Qu’à cela ne tienne. La machine doit donc redémarrer et très vite.

Or, pour faire redémarrer la machine, il faut d’abord les pilotes. Ils ne sont pas encore là puisque le nouveau gouvernement a pris du retard. Et quand bien même la nouvelle équipe serait en place avant la fin de ce mois de septembre, elle ressemblerait à ce joueur qu’on fait rentrer dans le jeu à 5 minutes de la fin d’un match en espérant qu’il marquera des buts pour remonter le score…

Aujourd’hui, il reste exactement un mois, jour pour jour, pour que le projet de Loi de finances 2014 soit déposé au Parlement. Avant de le déposer, le gouvernement doit d’abord arrêter la mouture quasi finale du budget après un long travail d’arbitrage. Toute cette suite de mouvements doit s’effectuer sur la base de deux éléments importants : des choix en matière de politiques publiques et une lettre de cadrage qui donne les grandes lignes directrices. La lettre de cadrage n’existe pas encore. Quant aux choix en matière de politiques publiques, ils doivent émaner des discussions au sein de la majorité. Or, les partis censés former la prochaine majorité, en discussions depuis bientôt trois mois, n’arrivent toujours pas à trouver un terrain d’entente sur leur mode de fonctionnement à l’avenir…et pendant ce temps le compteur tourne.
Ça promet !