Incertitudes économiques

Pour la quatrième fois consécutive, depuis un an, les prévisions de croissance mondiale pour l’année 2011 seront revues à  la baisse. Le risque pour le Maroc est de voir s’aggraver le déficit d’un compte courant déjà  bien mal en point.

Une prévision en chasse une autre, et l’incertitude plane de nouveau sur la croissance mondiale pour l’année 2011. 4,5% au printemps 2010, 4,3% en juillet et enfin 4,2% en octobre dernier, les prévisions du Fonds monétaire internationale (FMI) sur la progression du PIB mondial se succèdent mais ne se ressemblent pas. Dans quelques jours, il va de nouveau nous livrer ses oracles pour l’exercice qui vient de commencer. Aucun doute, le FMI révisera ses prévisions à la baisse, comme vient de le faire, ce mardi 18 janvier, l’Organisation des Nations Unies (ONU) qui prévoit pour 2011 une modeste croissance de 3,1%. Surtout -car cela concerne directement le Maroc- l’activité dans la zone Euro ne progresserait que de 1,3%. Autant dire que la demande qui sera adressée à l’économie marocaine, sous cette hypothèse, s’en ressentirait. Certes, les pays en développement devraient pouvoir réaliser une croissance soutenue de 6%, mais celle-ci serait en retrait par rapport à 2010 (7,1%) et la locomotive en serait la Chine (+ 9%) et l’Inde (+ 8,2%).

Le Maroc, lui, table sur une croissance de 5%. Cette prévision pourrait tout à fait se réaliser, malgré le contexte encore déprimé chez les principaux partenaires européens. Cela tient un peu à la spécificité de l’économie marocaine, où le poids de l’activité agricole reste prégnant. Il suffit de rappeler à cet égard qu’en 2009, soit au moment du plein déploiement des effets de la crise internationale sur le Maroc, celui-ci a réalisé une croissance de 5,3%, alors même que le PIB non agricole n’a progressé que d’un peu plus de 1%, soit le niveau le plus bas depuis plusieurs années.

Mais au-delà du taux de croissance, le risque que générerait une dégradation de l’activité en Europe – et l’ONU n’exclut pas le scénario pessimiste d’une nouvelle récession dans le Vieux Continent – serait celui de voir s’aggraver le déficit des comptes extérieurs. Si les gouvernements européens continuent à «serrer» les budgets, après les avoir largement desserrés pour éponger les retombées de la crise de 2008, nul doute que le chômage croîtrait davantage, pour ne parler que de cela. L’impact d’un tel scénario sur le tourisme et les envois des MRE est évident. En 2009, rappelons-le, le déficit du compte courant, déjà apparu depuis 2007, s’était détérioré, et cette détérioration a touché toutes les composantes principales de la balance des paiements. La situation, à ce niveau, ne semble pas s’améliorer en 2010.