Immuniser notre modèle

Lancé au mois de janvier dernier, le grand chantier mené par la Commission Benmoussa sur le nouveau modèle de développement est aujourd’hui relégué au second plan comme d’ailleurs presque toute l’actualité. Normal. A l’instar du monde entier, au Maroc il y a aujourd’hui un et un seul sujet de l’heure : la pandémie Covid-19.

On peut être presque certains que les membres de ladite commission ne pourront pas tenir son délai annoncé initialement pour la remise du rapport, à savoir fin juin 2020. Et personne ne pourra leur en tenir compte de ce retard. S’il se trouve, ce qui se produit en ce moment va probablement apporter à la commission des éléments nouveaux très intéressants et une grille de lecture qu’ils n’auraient peut-être pas envisagée en temps normal. La situation actuelle apporte aux membres de la commission des éclairages nouveaux sur la notion du modèle économique et social. Que ce soit au Maroc ou dans le monde. En Europe, des pays comme la France, l’Italie, l’Espagne, dont on croyait les fondamentaux économiques solides, les systèmes de santé suffisamment développés et outillés, se sont retrouvés complètement dépassés en l’espace de quelques semaines. Avant l’Europe, d’autres grands pays et non des moindres, dont la Chine, la Corée du Sud, ont été littéralement et totalement paralysés. Au Maroc, nous devons notre salut pour l’instant au fait qu’au plus haut niveau de l’État, les bonnes et courageuses décisions ont été prises avec suffisamment d’anticipation pour ne pas sombrer dans les bilans morbides affolants de nos voisins européens. Cela dit, il est certain que cette période de pandémie laisse entrevoir beaucoup d’éléments et d’aspects qui devront être pris en compte par les membres de la Commission Benmoussa dont le rapport ne pourra pas faire l’impasse sur cet épisode. Car, quand bien même il serait opérationnel en temps normal, un modèle doit aussi et impérativement être résiliant en périodes de grandes crises. La résilience n’est pas seulement entendue dans le sens économique strict et ne veut pas dire que le tissu économique ne ressentira pas la secousse. La résilience du modèle consiste plus dans la mise en place de mécanismes qui peuvent être rapidement activés et permettent surtout de déployer des amortisseurs efficaces de la crise. Avec cette démonstration réelle et grandeur nature de ce que peut être une crise, sanitaire ou autre, les membres de la Commission Benmoussa disposent là d’une bonne opportunité pour imaginer un modèle solide et surtout immunisé…