Hypocrisie européenne

Visiblement, l’Union européenne ne reflète pas la cohérence d’ensemble qu’elle est censée avoir.

En plus des dissonances et des fissures apparues sur l’édifice ces dernières années à la faveur de grandes problématiques qui continuent de diviser les Vingt-sept, comme la question migratoire, le départ annoncé d’un acteur de premier rang comme le Royaume-Uni ou encore les querelles sur les normes et les règles de fonctionnement, les instances de Bruxelles semblent par moment complètement déconnectées de la réalité des pays membres.

En attestent des positions qui donnent parfois l’impression aux partenaires, dont le Maroc, d’être plus face à une administration faite de hauts fonctionnaires en roue libre qu’à des Etats qui ont une approche globale et qui savent mettre dans la balance les intérêts directs et indirects en tenant compte aussi des considérations d’ordre économique mais également social et géopolitique. Résultat des courses : un pays comme le Maroc, qui a été pourtant le premier signataire avec l’Europe d’un accord d’association, avec qui l’Union a inauguré il y a quelques années sa politique de voisinage, se retrouve victime de la schizophrénie, voire de l’hypocrisie de l’Europe.
De hauts fonctionnaires de la super administration de Bruxelles avaient décidé il y a quelque temps, en effet, que le Maroc faisait partie d’une liste dite grise comprenant des pays où la fiscalité serait, selon eux, trop généreuse avec les investisseurs étrangers, ce qui, du coup, favoriserait une fuite des capitaux de l’Europe vers le Maroc. On passera sur le fait que sur cette liste, dite grise, un pays comme le Luxembourg ne figure nulle part. C’est là un tout autre débat sur la crédibilité de la démarche.

Mais quid surtout de la position de pays européens partenaires classiques du Maroc comme la France, l’Espagne, l’Allemagne ou dans une moindre mesure l’Italie, la Belgique ou la Hollande ? D’abord, ces pays qui constituent le noyau dur de l’Europe, leurs gouvernements et leurs Etats, pour avoir des relations individuellement très anciennes avec le Maroc, savent pertinemment que le mettre sur une liste de quasi-paradis fiscaux est un gag.

Ensuite, et c’est le plus décapant, les responsables de haut rang et membres des gouvernements de ces pays membres de l’Europe visitent régulièrement le Maroc, entre autres, pour défendre leurs entreprises respectives, pour signer des contrats mirobolants pour leurs produits et souvent aussi pour demander à l’Administration marocaine de faciliter la vie à leurs entreprises qui viennent s’installer et investir chez nous, que ce soit à travers des incitations fiscales, du foncier ou autre. C’est comme cela d’ailleurs que de grandes entreprises françaises, espagnoles, allemandes, belges, italiennes et portugaises font du bon business au Maroc. Il faut savoir ce qu’on veut…