Hermétisme

Si c’est le statu quo que recherche l’Algérie, on frôle l’absurde. Pourquoi cette rigidité concernant un dossier dont le peuple algérien fait peu de cas ?

Sans surprise, le quatrième round des négociations sur le Sahara, tenu à  Manhasset en début de semaine, aura été stérile. A noter toutefois, l’agressivité affichée de la délégation du Polisario à  l’égard du président du Corcas.

Et la suite ? Tout porte à  croire qu’elle sera du même tonneau. Même si les deux parties ont diplomatiquement affirmé leur volonté de se rencontrer de nouveau pour un Manhasset V, on restera dans la même équation : le Maroc qui essaie de faire avancer le dossier sur la base du plan d’autonomie qu’il a proposé, le Polisario qui refuse le principe même de la discussion à  ce sujet et Peter Van Walsum, l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU, qui doit trouver à  chaque fois les mots adéquats pour ne pas dire que la réunion a échoué.

Pour avoir été un échec, la quatrième rencontre n’en a pas moins marqué un tournant. Chakib Benmoussa, le président de la délégation marocaine, a pointé du doigt sans ambiguà¯té la responsabilité de l’Algérie dans l’enlisement du processus de négociation. Ce faisant, il a dit tout haut ce que les négociateurs marocains disaient tout bas, il y a quelques mois déjà . Au cours de toutes les rencontres qui ont eu lieu, les représentants du Polisario ont refusé de se prononcer sur le moindre détail, quittant tour à  tour la salle des négociations pour aller consulter le team algérien. En même temps, et même si le Maroc en a fait la proposition, l’Algérie refuse d’être partie directe dans les négociations, se contentant d’un statut de partie concernée, observateur influent.

Que cherche l’Algérie ? Les officiels marocains, il faut le dire, reconnaissent eux-mêmes qu’ils n’en savent rien et sont déboussolés par les revirements de notre voisin. Pendant longtemps, l’Algérie avait plaidé pour une normalisation des relations, en mettant entre parenthèses le dossier du Sahara. Quand le Maroc a fait le geste, supprimant le visa et se disant disposé à  ouvrir ses frontières, notre voisin s’est enfermé dans son mutisme. Il y a quelques mois, Yazid Zerhouni, ministre de l’intérieur, affirmait même publiquement que tant que le dossier du Sahara ne serait pas réglé, rien ne changerait. Il faut rappeler aussi que l’Algérie a été le premier pays à  qui le Maroc a souhaité présenter son projet d’autonomie, il y a un an, pour récolter une fin de non-recevoir. Si c’est le statu quo que recherche l’Algérie, on frôle l’absurde. Pourquoi cette rigidité concernant un dossier dont le peuple algérien fait peu de cas ? Pas de réponse. Le pire, c’est que même les contacts informels qui avaient lieu entre les deux pays jusqu’à  la fin des années 90 n’existent plus. Que peut-on face à  une pareille surdité ?