Hara-kiri

Il suffit d’avoir fait un passage dans l’enseignement supérieur privé pour se voir barrer la route au secteur public de l’enseignement et du travail ? Aberrant !

La polémique qui a lieu ces derniers jours autour de la légitimité ou non, pour un établissement privé d’études supérieures, de prendre le nom d’université témoigne d’un malaise bien plus important que connaît le secteur de l’enseignement au Maroc. Institut, Ecole supérieure, Institut université, centre, la dénomination relève du marketing, d’un atout concurrentiel que l’on met en avant. Dans le conflit entre ceux qui veulent prendre le nom d’université et ceux qui leur refusent ce droit, les deux parties ont raison. La loi 00-01 reconnaît le droit à créer une université privée mais les textes d’application devant encadrer cela en pratique ne sont jamais sortis depuis 10 ans !

Le plus important est cependant ailleurs. Quelle est la qualité de l’enseignement prodigué par le secteur privé ? Il y a certes du bon et du moins bon, mais le fait est que plusieurs établissements ont gagné leurs galons en termes d’excellence. Ils forment de bons managers et des ingénieurs de haut niveau qui soutiennent parfaitement la comparaison avec leurs pairs, lauréats des grandes écoles publiques et sont très prisés par le secteur privé. Mieux, ils partent poursuivre leurs études dans des établissements très huppés à l’étranger et n’en décrochent pas moins leurs masters, doctorat et deviennent patrons et professeurs.

Dans ce cas, comment expliquer cette attitude de l’Etat qui s’obstine à ne pas attribuer l’équivalence à leurs diplômes ? Quel sens aurait la phrase «école autorisée par l’Etat» si le diplôme ne rentre pas dans la classification officielle ? Aujourd’hui, un bac+3 d’une école de commerce ne peut prétendre au titre «licence», un bac+5 n’a pas de master. Aujourd’hui, on ne peut pas faire un doctorat d’Etat dans une université publique si l’on est lauréat d’une école supérieure privée. Aujourd’hui, on peut le faire en France, on peut même accéder à la fonction publique dans l’Hexagone mais pas dans son propre pays. Les exemples ne manquent pas, à l’instar de cette professeure formée en France, dans une université publique, à qui on a même proposé d’être maître de conférence et qui s’est vu refuser de rejoindre le corps enseignant du public à son retour au pays. Son «malheur» ? Avoir étudié pendant quatre ans dans une école supérieure privée au Maroc. Etre formé dans le secteur privé marocain est-il une tare ?

Pourquoi cette porte fermée, cette balle que l’on se tire dans le pied à l’heure où le pays a besoin de compétences ? L’Etat a-t-il peur des dérives, de diplômes bidon ? Ce serait légitime, mais ce serait aussi condamner par défaut tout le monde, au lieu de mettre en place un strict cahier des charges pour l’accès à l’équivalence. On est, là, à la limite de l’abus de pouvoir.