Guerre totale

L’incident de cette semaine en marge de la visite officielle du Premier ministre turc au Maroc est l’illustration parfaite de lamentables loupés que certains de nos responsables peuvent commettre..

L’incident de cette semaine en marge de la visite officielle du Premier ministre turc au Maroc est l’illustration parfaite de lamentables loupés que certains de nos responsables peuvent commettre quand ils veulent faire joujou et cavalier seul dans des dossiers sérieux.

Car voilà des années que les chefs d’entreprises, notamment à travers la CGEM et d’autres associations professionnelles, n’arrêtent pas de remettre sur la table la question de l’accord de libre-échange avec la Turquie. Et quand les responsables turcs sont venus jusqu’à nous, accompagnés d’une grosse délégation d’hommes d’affaires, nous nous sommes arrangés pour tout rater puisque de larges pans de notre tissu économique n’étaient pas associés aux discussions.

Certes, on peut convenir qu’une organisation telle que la CGEM n’a pas le monopole de la représentativité des entreprises au Maroc. Mais qu’on le veuille ou non, c’est un acteur incontournable sur les dossiers économiques qui a accumulé un capital et de l’expérience en la matière qu’il est dommage de ne pas exploiter.

Et si les responsables ont, finalement, préféré ignorer la CGEM, cela ne peut avoir que deux explications possibles. La première serait que le gouvernement actuel se méfie de la confédération et de la communauté des affaires comme il se méfierait de tous les acteurs qui ont étroitement collaboré avec les gouvernements passés.

Il se peut aussi, et c’est l’autre explication, que ce soit la CGEM elle-même qui refuse de travailler et collaborer avec l’actuel gouvernement.

Tout comme il est possible, enfin, que ce soit les deux en même temps qui se détestent et qui se font la guerre. Mais dans tous les cas, c’est grave, voire dangereux pour le pays. Car le gouvernement a entre ses mains des armes redoutables comme l’administration, la législation et les impôts. De l’autre côté, l’entreprise est le moteur de la croissance. Et si demain elle décidait de ne plus investir, de ne plus employer, de ne plus créer de richesses, on peut imaginer la suite.

A cette guerre, vient se rajouter une autre puisque dans la foulée de l’incident de cette semaine, on se retrouve aujourd’hui avec un début de bagarre entre deux organisations patronales à un moment où les entreprises marocaines ont plus besoin d’unir leurs forces.

Avec tout cela, il ne faut pas oublier la bataille impitoyable que se livrent les partis de la majorité entre eux-mêmes, les duels hebdomadaires entre le gouvernement et les partis de l’opposition au Parlement et d’autres mêlées comme celle de la société civile et autres.

Au final, au lieu de se mettre ensemble autour d’une table pour construire, au lieu de travailler en bonne intelligence, nous nous détruisons nous-mêmes en laissant aux problèmes exogènes comme la crise mondiale, nos problèmes avec l’Algérie et tout le reste le soin de nous achever.