Grève de courage politique

Alors que la réglementation en devient urgente, il y a fort à  parier que le gouvernement El Fassi ne fera rien dans le dossier du droit de grève. On a trop attendu et 2012 est proche.

30 avril 2003. Driss Jettou, Premier ministre depuis moins d’un an seulement, exulte. Il vient de signer un accord historique avec les partenaires sociaux qui lui permet d’inscrire à l’actif de son gouvernement la mise en œuvre d’un nouveau droit du travail. Mieux, c’est la promesse des syndicats de lever le blocage sur la réglementation du droit de grève, inscrite dans toutes les Constitutions qu’a connues le Maroc depuis 1962, que le premier parmi les ministres obtient. En septembre de la même année, un projet de loi organique relatif à la grève est présenté aux partenaires sociaux qui y opposent une fin de non-recevoir. Ce qui devait être une victoire pour le gouvernement prenait des allures de supercherie, car pour arracher l’accord des syndicats, le Premier ministre a fait moult concessions sur la masse salariale, sur le SMIG et sur des dispositions du droit du travail qui posent toujours problème. Sept ans après, le Maroc est toujours sans réglementation sur la grève et ce sont les syndicats qui bloquent le projet. Les raisons invoquées (voir article en page 16) vont du simple désaccord sur la durée du préavis au rejet total d’une réglementation qui, se défend-on, viderait le droit de grève de son substrat. On peut gloser infiniment sur la recevabilité des arguments des uns et des autres mais on ne peut faire qu’un seul constat : celui d’un pays où une administration ou entreprise peut voir son activité stoppée à tout moment, où l’employeur peut se venger de ses salariés grévistes, où les non-grévistes peuvent être pris à partie par les contestataires et où l’en encourage les débrayages en continuant à payer les grévistes (cas de la fonction publique) parce que les syndicats meneurs de la fronde sont trop puissants. Depuis un mois, la machine judiciaire est paralysée par les grèves, depuis quelques jours, ce sont les collectivités locales et dans quelques jours les communes urbaines se joindront à la mêlée. Réjouissant…

Or, le gouvernement ne semble pas prendre conscience de l’urgence de cette réglementation. Dans le dialogue social, le droit de grève est toujours lié à d’autres dossiers et passe au second plan, alors qu’il aurait besoin d’une  implication du Premier ministre même, président de ce dialogue social. Le gouvernement se veut rassurant, mais quand on sait que les syndicats s’apprêtent très bientôt à monter au créneau pour protester contre la vie chère et la réforme des retraites et quand on sait qu’à partir de janvier les soucis préélectoraux conditionneront l’action gouvernementale, il y a fort à parier que rien ne sera fait jusqu’en 2012.

Ou bien alors faut-il, encore une fois, attendre que le Roi en parle dans un de ses discours pour que les officiels s’extasient, au journal télévisé du soir, sur les vertus de ce droit de grève «qui viendra parachever l’édification de l’Etat de droit et la démocratie bla-bla-bla…».