Grand Maghreb dream

Les patronats du Maghreb font renaître un vieux rêve : un espace économique commun. Des investissements croisés, des échanges commerciaux plus conséquents…

Les patronats du Maghreb font renaître un vieux rêve : un espace économique commun. Des investissements croisés, des échanges commerciaux plus conséquents, du travail en bonne intelligence pour l’élaboration de stratégies sectorielles concertées, une approche commune face aux défis de la région que sont la croissance, l’emploi et le chômage des jeunes… Le rêve quoi !

Les patronats des cinq pays du Grand Maghreb se sont donné rendez-vous à Marrakech dans les jours qui viennent pour donner forme à leur vision commune et crier haut et fort leur intention de construire quelque chose ensemble contre vents et marées. Evidemment, et même si toutes les tentatives similaires ont été avortées par le passé, on ne peut que continuer à encourager les bonnes volontés et adhérer à toute démarche constructive, loin des considérations d’ordre politique. Sauf que déclarer solennellement, c’est bien mais loin d’être suffisant. Il faut concrétiser et vite pour que les bonnes volontés ne s’émoussent pas.

Au final, la démarche des patronats se résume à faire du business intéressant entre les pays de la région ou ensemble avec d’autres régions en attendant que le politique suive. Et pour faire des affaires, il ne s’agit pas forcément de refaire le monde ou de réinventer la roue mais seulement de rester pragmatique. La communauté des affaires maghrébine gagnerait cette fois-ci à s’inspirer de ce qui se fait ailleurs, des échecs du passé, des opportunités actuelles et surtout aussi des expériences réussies. Car il y a aujourd’hui des entreprises marocaines qui ont réussi à percer sur les marchés tunisien et algérien tout comme chez nous des entreprises tunisiennes et algériennes ont pu s’installer et font du bon business. Ce sont des expériences à étudier, à décortiquer pour en connaître les clés du succès et pouvoir les dupliquer. Ces expériences sont la preuve qu’il y a des brèches dans le système qu’on peut exploiter.

Il est temps aussi de reconnaître que la compétition entre opérateurs maghrébins sur certains secteurs d’activités a plus contribué à détruire de la valeur au profit de gros donneurs d’ordre européens et américains. Le cas de la concurrence entre le Maroc et la Tunisie sur le secteur des textiles est le plus parlant. Les industriels de part et d’autre se sont livrés depuis toujours une guerre sans merci et au final aucun de nos pays n’y a gagné. Ils se retrouvent avec des prix laminés et des marges de négociation réduites voire inexistantes face à des clients qui, à la première secousse, iront voir la boutique d’à côté, soit carrément en Chine, pour faire baisser les coûts.

Ce sont là aussi des erreurs à ne plus commettre dans des secteurs qui sont en train de naître et qui constitueront l’avenir de la région comme l’automobile, l’aéronautique, l’électronique, l’offshoring… Le premier grand défi des patrons réunis à Marrakech sera justement d’amorcer d’abord et dans les faits le changement de mentalités.