Gisements inexploités

Les derniers chiffres du HCP sur l’évolution de l’économie durant les trois premiers trimestres de 2019 viennent une fois de plus rappeler l’urgence d’aujourd’hui : trouver les bons ressorts de la croissance.

Il a été acté depuis longtemps que l’investissement et l’initiative du privé sont le moteur de l’économie et que l’Etat, lui, a un rôle central à jouer à travers ses politiques publiques et son statut d’accompagnateur et de facilitateur. Une fois cette grande ligne fixée, c’est sa traduction dans les faits et dans la vie de tous les jours qui devient la clé. Il ne suffit pas de savoir ce qu’il faut faire mais surtout comment il le faire. L’urgence aujourd’hui est de déterminer de manière chirurgicale, pragmatique et opérationnelle ce qui doit et peut être fait pour produire une véritable dynamique économique palpable. Certaines politiques sectorielles, comme le Plan Maroc Vert et le Plan d’accélération industrielle, ont apporté des schémas et des modes opératoires nouveaux qui ont déjà commencé à porter leurs fruits sur le terrain. Mais l’industrie et l’agriculture, quand bien même ils représentent deux moteurs principaux de l’économie, ne peuvent pas indéfiniment mener à elles seules le combat.

De même, parler d’industrie comme d’un secteur homogène est trompeur. Certes, les grands secteurs vedettes, par ailleurs essentiellement tournés vers l’export, sont nécessaires pour positionner le Maroc sur la carte mondiale de l’industrie. Ils génèrent des devises, constituent une vitrine à l’international et contribuent à la modernisation du tissu économique. Mais hormis les quatre ou cinq secteurs concernés, quid des autres ? La chimie, l’industrie pharmaceutique, la mécanique et la métallurgie, l’électronique, l’électricité… Et bien au-delà de l’industrie, quelle contribution réelle de grands secteurs qui ont explosé durant ces dix ou vingt dernières années ? Les télécommunications, les nouvelles technologies, les énergies renouvelables sont des exemples de secteurs qui montent en puissance en termes d’opérateurs, d’offres, de marché. Mais leurs effets induits sur l’économie ne sont pas encore pleinement exploités. Avec le niveau de pénétration de la téléphonie mobile au Maroc, par exemple, comment expliquer qu’à ce jour aucune industrie, même basique, ne s’est encore développée dans le prolongement ?

D’autres univers d’activité comme le sport, les loisirs ou encore la culture sont également des bassins de consommation et des réservoirs d’opportunités économiques pour l’investissement et la création d’emplois. Mais aujourd’hui ils ne rapportent rien ou presque au Maroc et à l’économie, non pas parce qu’ils en sont incapables mais plutôt parce que l’Etat et les faiseurs des politiques publiques n’y prêtent pas suffisamment d’attention. Mais au moment où la réflexion est enclenchée pour identifier et exploiter les moindres filons qui peuvent alimenter la croissance, peut-on continuer à ignorer des gisements qui sont pourtant à la portée ?