Génies du mal

Allez sur n’importe quel moteur de recherche, tapez «code TPS» et vous accéderez à différents sites qui proposent les fameux codes. Ce n’est pas sorcier.
Et c’est illégal.

La relation que le grand public a désormais avec le piratage des programmes TPS devient franchement choquante. Les médias sont en train d’installer l’idée selon laquelle, dans un quartier qui s’appelle Derb Ghallef, à Casablanca, il existe des «cyber-génies» qui arrivent à casser les codes du bouquet crypté. Ce qui est à la fois faux et dangereux. Il ne s’agit pas de génies mais de pirates. Et ils ne cassent rien ni grand-chose, mais recopient impunément des codes qui circulent allègrement sur le Net.
Allez sur n’importe quel moteur de recherche, tapez «code TPS» et vous pourrez accéder à différents sites qui proposent les fameux codes. Ce n’est pas sorcier. Et c’est illégal.
Dans les journaux, on peut lire des phrases comme celle-ci: «Il aura fallu un peu plus de quinze jours aux génies de Derb Ghallef pour déjouer l’opération antipiratage lancée par les responsables du bouquet français». Ou encore : «Les génies du piratage des codes secrets n’ont pas attendu longtemps pour venir à bout du système de cryptage lancé par TPS le 16 novembre dernier». Bref, c’est un peu le combat de David contre Goliath.
En fait, le jour où TPS décidera véritablement de lutter contre le piratage, ses programmes ne pourront plus être captés par les pirates. C’est ce qu’ont fait les bouquets CanalSatellite et ART que nos «cybergénies» n’arrivent pas à casser depuis quelques années déjà.
Pirater des cartes TPS, c’est aussi minable que fabriquer de la contrefaçon. C’est comme louer un journal auprès d’un kiosque, photocopier un livre, ou encore copier illégalement un film, de la musique, ou un logiciel. C’est un acte qui, chez nous, est répandu et facile à commettre, tout en ayant un côté immatériel qui le distingue du vol courant. Dès lors que l’on ne prend pas un objet qui ne nous appartient pas, se contentant juste de le dupliquer, on n’a pas forcément l’impression d’être dans l’illégalité. De surcroît, le consommateur paye le pirate qui a pignon sur rue, l’opération se fait au grand jour, donc il a l’impression d’avoir effectué un achat. Enfin, tout cela se faisant en quelque sorte en groupe, en tous les cas en grand nombre, on a une impression de légitimité qui est évidemment infondée.
Dans la vie, vouloir gagner de l’argent est un sentiment légitime. Mais il y a grosso modo deux voies pour le faire : d’un côté le travail et l’effort; de l’autre, la fraude, la corruption, le piratage, la violation de la loi. La première crée des richesses, la seconde en détruit. Malheureusement, la seconde voie reste d’un accès facile, elle est confortable et rémunératrice, avec un très faible capital. C’est pour cela qu’elle arrive à attirer autant d’énergies