Génie destructeur

Avec le laisser-aller qui a duré plusieurs années, la triche est devenue tellement répandue et normalisée qu’il devient impossible de la combattre par la seule sanction.

Nos enfants ont du génie. Quand on voit le degré de sophistication des moyens utilisés par certains candidats pour tricher aux examens du bac, on ne peut qu’être surpris, à défaut d’être émerveillé. Imaginons seulement ce que serait le Maroc si toute cette énergie, tout ce génie étaient utilisés dans le bon sens. Et pas seulement ; ils ont du génie mais aussi de l’audace. La preuve, les pouvoirs publics ont sorti cette année l’artillerie lourde pour combattre le phénomène. Depuis plusieurs semaines, les mises en garde se multiplient et des textes ont été adoptés pour dissuader les tricheurs. Avec tout cela, certains ont bravé le danger et ont dû développer davantage leurs techniques en inventant des dispositifs de haute voltige pour tricher.

Que doit-on retenir de tout cela ? D’abord que la sanction, aussi sévère soit-elle, est nécessaire, certes, mais pas suffisante. Car avec le laisser-aller qui a duré plusieurs années, la triche est devenue tellement répandue et normalisée qu’il devient impossible de la combattre par la seule sanction. La triche est devenue une valeur car elle s’est transmise de génération en génération. Les jeunes tricheurs d’il y a quelques années sont aujourd’hui des adultes, sont peut-être à des postes de responsabilités, sont aussi des chefs d’entreprises, des fonctionnaires, des cadres ou des décideurs. Ils sont peut-être aussi, et c’est le plus dangereux, des parents, des enseignants. Ceux-là mêmes qui sont censés élever les jeunes générations aux valeurs universelles de l’honnêteté, de l’intégrité, du sens du travail…

Et c’est probablement cela qui explique en grande partie beaucoup d’autres fléaux dont souffre le Maroc aujourd’hui comme la corruption, l’inconscience sur nos routes, l’évasion fiscale, la triche dans les entreprises, le laisser-aller dans les administrations, etc.

Combattre le mal à la racine suppose d’abord la refonte de toute notre démarche pédagogique et notre philosophie de l’apprentissage en commençant surtout par l’enseignement de base, le primaire, là où la personnalité de l’enfant est façonnée. Au lieu de pratiquer le bourrage avec des programmes dont la moitié ne sert plus à rien, de faire de l’examen un écueil, notre système éducatif doit servir plus à découvrir, former et encourager les talents, à reconnaître et développer des vocations, à former des jeunes qui ont confiance en eux et ont de la visibilité sur leur avenir. Si à cela on ajoute le génie et l’audace dont ils font déjà preuve, on aura fait la révolution culturelle tant attendue…