Gare aux trous à  boucher

L’entrée en vigueur de l’indemnité pour perte d’emploi, ou pour faire plus simple les allocations de chômage, restera un événement phare dans l’histoire économique récente du Maroc au même titre que le lancement du Ramed en 2012, de l’AMO en 2005 et même de la généralisation de la sécurité sociale au lendemain de l’indépendance.
Mais attention aux dérapages qui peuvent déboucher sur des désastres comme on a pu le voir dans d’autres pays et même chez nous dans certains cas de grandes réformes ou mesures qui partaient initialement de bonnes intentions pour finir en méga catastrophes. La Caisse de compensation en est un parfait exemple.
Pour que cela ne se reproduise plus, le dispositif de l’IPE ne doit absolument pas être détourné de sa philosophie première.
Car, comme son nom l’indique, il ne s’agit pas d’accorder des aides directes à toute personne identifiée comme étant un chômeur mais seulement de garantir un filet de sécurité, même provisoire, à un actif qui aurait perdu son travail. Cela dénote déjà d’un état d’esprit évolué puisque l’objectif n’est pas d’instaurer une rente mais véritablement de permettre à des actifs de surmonter des accidents de parcours et de développer leur employabilité pour pouvoir se réinsérer rapidement. La concrétisation de ce projet est également un bel exemple de travail en bonne intelligence, quand ils le veulent, entre l’Administration et les opérateurs économiques privés qui ont accepté d’y apporter chacun sa contribution sonnante et trébuchante.
Le dispositif des allocations de chômage, dans sa configuration actuelle au démarrage, peut être une mesure structurante pour le marché dans la mesure où elle impose un minimum de transparence et de procédures aux bénéficiaires qui doivent par exemple s’inscrire sur les registres de l’ANAPEC ou encore suivre des formations pour leur employabilité.
Mais en même temps, il y aura toujours, et forcément, des esprits malintentionnés qui chercheront plus à profiter des failles du système et pour en faire une rente au détriment de la communauté et des bénéficiaires légitimes avec tout ce qui s’en suit en termes de réseaux d’intermédiaires, de complicités, de fraude et de passe-droits.
Si les gestionnaires d’un tel système n’y mettent pas dès le départ toute la rigueur qu’il faut, la démarche peut avoir des effets pervers similaires à ce qui s’est produit, par exemple, avec les logements de recasement des bidonvilles. Par moment et dans certaines villes, les baraques se sont négociées très cher parce qu’elles donnaient droit à un logement gratuit. Ce n’est un secret pour personne.
Il n’est donc pas impossible que l’IPE produise elle aussi une sorte d’incitation au «chômage déguisé» qui donnera droit aux allocations.
Avec ce qui se passe actuellement dans les Caisses de retraites, mieux vaut ne pas se retrouver dans quelques années avec un autre grand trou à boucher…