Garder le cap

Il y a quelques semaines, l’opérateur industriel mondial Alstom, spécialisé dans la productionde matériel de transport ferroviaire, inaugurait dans la ville de Fès une nouvelle usine avec un investissement de 50 millions de DH et génère quelque 400 emplois directs qui doubleront dans trois ans.

Quelques jours plus tard, c’était au tour d’un géant de l’industrie aéronautique, en l’occurrence l’américain Spirit Aerosystems, d’annoncer un investissement de 275 millions de DH pour la reprise en doublant sa superficie de 10 000 à 25 000 mètres carrés avec des emplois directs qui passeront de 350 à 850. Au cours de cette semaine, l’opérateur chinois Aeolon, spécialisé dans le développement de nouvelles technologies liées à l’énergie éolienne, a fait part de son souhait de s’implanter dans le nouveau pôle industriel de Tanger Tech où il annonce un investissement de pas moins de 1,4 milliard de DH dans un site de production de pâles pour éoliennes avec à la clé quelque 2 000 emplois. Ainsi, en l’espace de moins d’un mois, trois opérateurs étrangers de renommée, reconnus dans leurs domaines, ont témoigné au Maroc leur marque de confiance.

Deux points communs entre ces trois annonces majeures. Le premier est qu’elles interviennent toutes en pleine récession économique qui frappe le monde dont le Maroc, et que beaucoup d’activités sont fortement tributaires d’une demande étrangère elle-même en pleine dépression. Deuxième point commun : les trois opérateurs en question ont misé sur des filières qui font partie des nouveaux métiers mondiaux où le Maroc a choisi sciemment de se positionner depuis quelques années à travers des stratégies volontaristes.

Y aurait-il des enseignements à tirer de ces constats ? Évidemment que oui. D’abord qu’une crise n’est pas forcément ni fatalement synonyme de gel de toute activité et de tout investissement ni de renfermement sur soi. Bien au contraire. Et les opérateurs mondiaux, généralement très regardants sur la solidité et le bien-fondé de leurs choix d’inves-tissement, viennent de nous en donner la preuve.

Le deuxième enseignement est qu’une vision qui s’inscrit dans le long terme en donnant concrètement de la visibilité et de la lisibilité aux opérateurs est en principe capable de résister aux variations et turbulences conjoncturelles. Une crise, quels que soient sa durée et le degré de sa violence, ne peut être que passagère et n’est donc pas de nature à effacer des tendances lourdes. La confiance gagnée par le Maroc auprès de la communauté mondiale des affaires et des investisseurs s’est construite sur des décennies, au prix de sacrifices et d’efforts collectifs.

Les entreprises et les capitaux marocains ont besoin autant, sinon plus que les investisseurs étrangers de retrouver le plus rapidement ce Maroc audacieux dans ses choix et confiant dans ses capacités et son avenir.

Il serait dommage qu’à la première crise certains responsables ne font que se recroqueviller sur soi au lieu de garder le cap.