Force de survie

En dépit de la montée en puissance de nouveaux secteurs d’activité, modernes et à la pointe de la technologie (les fameux nouveaux métiers mondiaux), l’économie marocaine ne peut pas se passer de ces autres secteurs appelés, parfois à tort d’ailleurs, classiques ou traditionnels, notamment dans l’industrie.

Certains de ces secteurs continuent, qu’on le veuille ou non, à être de gros générateurs d’emplois, de revenus donc, et de devises aussi pour le pays quand ils sont tournés vers l’export. Mais au-delà de cette contribution sonnante et trébuchante à l’économie, certaines industries au Maroc recèlent même l’ADN de l’entreprenariat marocain parce que les capitaux nationaux s’y sont historiquement investis. Ces secteurs dits classiques nous donnent surtout la meilleure leçon en matière de survie et d’esprit d’entreprise. Par moment délaissés, livrés à leur sort, ils ont eu des fortunes diverses.

Quelques-uns ont littéralement disparu sous l’effet, soit de l’ouverture de l’économie marocaine à la compétition internationale, soit encore de l’obsolescence des technologies ou bien encore à cause des mutations qu’ont connues les habitudes et modes de consommation. Mais il y a parmi ces secteurs qui ont résisté malgré toute l’adversité à laquelle ils sont confrontés, et même l’indifférence la plus totale des politiques publiques. L’industrie du textile et de la confection en fait partie. Après l’âge d’or qu’ont connu les ateliers et usines de confection de Casablanca, Rabat, Fès, Tanger et autres, dans les années 70 et 80, le secteur est passé par des crises répétitives depuis le début des années 90 avec le démantèlement du fameux Accord multifibres (AMF) dans le sillage de l’entrée du Maroc à l’OMC, puis dans les années qui suivirent avec la montée en puissance de grands compétiteurs mondiaux comme la Chine et les pays du Sud-Est asiatique. Mais le substrat de l’industrie textile marocaine n’est pas perdu pour autant. Aujourd’hui, et malgré tous les coups durs de ces 20 dernières années, quand on entend parler les textiliens, à travers leur association, l’Amith, on ne peut pas ne pas être agréablement surpris, voire ému, par la foi et l’engagement dont ils font encore preuve. Oui, il y a eu de la «casse» et des fermetures dans le secteur avec des pertes d’emplois. Oui, il y a encore de l’informel. Mais les industriels n’en ont pas pour autant déposé les armes. Loin de là. Ils sont toujours dans une logique de reconsidération, un process perpétuel de remise à plat et de reconstruction avec, en filigrane, une conviction profonde que le textile marocain est encore capable d’être compétitif et performant. Et ils y croient encore malgré tout…